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Affichage des articles du janvier, 2015

E-FRACTIONS EDITIONS / GONZAI


EDITIONS E-FRACTIONS 
Bit generation

Franck-Olivier Laferrère, FOL pour les intimes, appartient à une catégorie socio-culturelle devenue rare depuis les 70's : celle des activistes. Ses pavés ? Les mots qu'il lance dans la mare vaseuse de la bienséance littéraire enkystée. A ses côtés, des écrivains bien décidés à dire haut et fort le message de l'époque dans laquelle ils vivent, et galérent, pour beaucoup. Son moyen d'expression ? Une maison d'édition mi-numérique, mi-papier : E-Fractions.
Toujours quelque part, toujours ailleurs, FOL est difficile à faire tenir en place, impossible à piéger. Née autour d’un café enfumé, l’idée d’en savoir plus sur cet électron libre s’est poursuivie par mail à travers les montagnes du sud de la France et de l’Espagne pour enfin atterrir sur le bureau de Gonzaï.
« Ce qui nous intéresse, c’est ce que les écrivains vivants sont susceptibles de nous dire de ce temps »

Qu’est-ce qu’E-Fractions ?

28b73cb131e8a464dc6f3cf54744224aUne maison d’édition exclusivement et radicalement tournée vers la littérature contemporaine. Cet endroit où la vérité s’arrache dans et par la langue des écrivains, ce qui nous permet d’échapper ne serait-ce que fugacement au discours clos de l’universel reportage. C’est ce qui a, par exemple, donné naissance à notre envie de développer une collection particulière, « Carnets contemporains« , qui souhaite offrir la possibilité aux écrivains de s’atteler, dans leur langue, à dire l’époque. La langue comme pied-de-biche peut-être plus encore que le scénario d’une fiction…
Nous publions en format numérique et papier selon le principe suivant : le livre numérique comme remplaçant du livre de poche à un tarif n’excédant pas 6€, en première édition et non en seconde en vertu du succès d’un titre, de manière à offrir aux lecteurs « la possibilité d’une prise de risque ». Notre réflexion étant basée sur nos propres expériences. Personnellement je suis un gros lecteur, pourtant, parfois, lorsque mes finances coincent, que mon banquier n’en est plus à me faire les gros yeux mais à envisager les hommes de main, je peux sérieusement hésiter voir carrément reculer à découvrir un nouvel auteur devant le prix d’un livre (entre 15 et 24€)… En général ça me met de très mauvaise humeur… Je voulais trouver un moyen d’éviter qu’il y en ait d’autres dans cette situation…
La publication papier, quant à elle, est pensée en série limitée avec le souci d’une réflexion sur les formats, la qualité des papiers et des couvertures, l’innovation lorsqu’il est question d’intégrer à un texte une BO, comme pour le recueil collectif Aimer c’est résister ou La Solitude de l’ours polaire de Louis-Stéphane Ulysse, deux titres accompagnés d’une musique originale composée par Caroline Duris Metatechno…
« Une maison d’édition […] j’ai tendance à la considérer comme des machines de guerre ».

Pourquoi et comment avez-vous créé cette maison d’édition ?

Alors au pourquoi je vous répondrai que c’est sans doute le seul point sur lequel je rejoins Marx : l’appropriation des moyens de productions est pour moi la base et la clef de l’autonomie et donc de l’indépendance. Une maison d’édition, comme le collectif artistique disposant d’une licence de production, j’ai tendance à les considérer comme des machines de guerre… Quelle guerre ? Celle de l’art, du goût, d’une certaine idée de l’humanisme sorti du vase-clos de la « bien pensance » et du neutre… Nos points de vue sont parfaitement subjectifs et ne tendent pas une seconde à l’illusion de l’universel… Pas plus que nous ne versons dans la quête de La Vérité… Nous essayons seulement de nous donner les moyens de défendre des voix, de préserver et de mettre en valeur des singularités qui nous parlent, nous touchent ou nous bousculent, mais qui toutes nous semblent indispensables pour créer ces respirations nécessaires dans un monde-un qui tend vers l’absolutisme de la pensée unique. Ce n’est pas sain, c’est même incroyablement dangereux, alors à notre niveau et avec nos moyens, nous entendons lutter contre… Mais peut-être devrais-je dire « pour », parce que finalement, c’est essentiellement « pour » qu’il reste possible de « vivre ensemble » à peu près décemment…
Lorsque j’ai voulu publier mon premier roman, en 2003, je me suis naturellement tourné vers l’édition numérique qui me semblait une alternative plausible au monde éditorial tel que je le percevais alors… En 2003 c’était sans doute beaucoup trop tôt et mon expérience s’est révélée assez décevante, pour employer un doux euphémisme. Pendant des années à la suite de ça je m’en suis détourné (de l’édition numerique) pour me concentrer sur la « mise en voix » de la littérature via le spectacle vivant. Fin 2011 Vincent Bernard et Paul Leroy-Beaulieu m’ont proposé d’écrire un texte court sur l’affaire DSK qui intégrerait un recueil collectif publié chez Edicool. J’ai hésité avant de finalement accepter, trouvant la un lieu où me débarrasser de l’insupportable cancanage qui bruissait autour de cette affaire. En janvier les deux mêmes m’ont proposé d’associer le collectif (Cid Errant Prod) et la maison d’édition pour la publication d’un nouveau recueil collectif. Le format ePub 3 était en train de naître, permettant l’intégration de vidéo et de musique. J’en ai profité comme un gosse avec un nouveau jouet, invitant des auteurs, des artistes plasticiens et la compositrice Caroline Duris Metatechno que j’aimais tous, tant pour leurs travaux que pour la singularité de leurs voix à venir jouer avec moi. Ça a donné Aimer c’est résister, un recueil que je dirais presque de transition puisqu’il est devenu également lecture-concert ou « performance de littérature augmentée » avec projection des œuvres en vidéo, lecture de la comédienne Dominique Frot accompagnée de Caroline Duris en live sur ses machines et son piano dans le cadre par exemple du festival Text’Avril au théâtre de la Tête Noire (Orléans). Puis j’ai eu l’envie d’aller plus loin, de penser plus complètement la question de l’édition intégrant évidemment prioritairement le format numérique. Ça a d’abord donné la collection E-Fractions littéraires chez Edicool avant de basculer en maison d’édition indépendante en juin 2012.
« Tout le monde se crispe lorsqu’il est question d’édition numérique, parce que ce format remet en cause toute la chaîne du livre. »

Quel est le concept de ces E-cards dont on parle ? Comment en avez-vous eu l’idée ?

Ce concept est né en même temps que le recueil « Aimer c’est résister ». Le 14 février 2012 lorsque nous avons officiellement lancé le recueil à la Galerie de Nesle (Paris), les premières ebook-cartes étaient présentes et permettaient déjà une distribution In Real Life de ce livre sous son format numérique en ePub 3…En fait il s’agissait d’inventer un moyen d’aller à la rencontre des lecteurs hors d’Internet, cet espace de gratuité que nous avons construit tous ensemble et où le commerce ne trouve pas facilement sa place, pour réintégrer une sphère où il est plus naturel pour chacun d’acheter un livre, la librairie, sous ce format numérique qui permet une pratique tarifaire basse et donc incitative à découvrir la littérature contemporaine. Un objet transitionnel en quelque sorte permettant aux gens de posséder tout de même un objet, cette Ebook-carte au format 10/15cm représentant la couverture et la 4ème de couverture du livre, équipée d’un dispositif de téléchargement (QR code et lien URL) protégé par un mot de passe, que l’on peut garder dans sa bibliothèque, prêter ou offrir selon son désir puisque nos Ebooks ne sont pas cadenassés par des DRM ( ces verrous qui empêchent l’utilisation libre des fichiers).

Pensez-vous que le débat « numérique/papier » soit encore d’actualité ?

couv1-LSUNon, je pense même que ce débat a toujours été un faux débat masquant l’enjeu réel pour l’édition aujourd’hui et qui n’est autre que la réforme totale et radicale de son modèle économique…ou non… C’est bien pour cela que tout le monde se crispe lorsqu’il est question d’édition numérique, parce que ce format remet en cause toute la chaîne du livre, lui impose de s’interroger sur un modèle économique qui pousse toujours plus loin vers l’absurde, la massification à tout prix puisque ce modèle est basé sur les volumes. Sans volume important, point de salut pour l’édition de livres papier.
Pour ne pas rentrer dans des considérations techniques ennuyeuses, je dirai simplement que penser le livre numérique comme format majoritaire et le livre papier comme un bel objet en série limitée peut idéalement changer la donne. Le système de diffusion physique des Ebooks via notre Ebook-carte permettant de ne pas exclure de la chaîne le libraire indépendant, bien au contraire puisqu’il tend à lui rendre son rôle essentiel de prescripteur de contenus, tout en lui donnant la possibilité d’augmenter considérablement son offre à l’intention de ses clients, un livre numérique sous forme de carte prenant évidement infiniment moins de place qu’un livre papier et pour un prix que nous, nous nous efforçons de rendre bien moindre afin de rendre aux lecteurs cette possibilité de « prendre un risque » sans avoir le sentiment d’y laisser toute sa bourse dans un temps où le bien culturel ne peut pas être dans les priorités d’une majorité de personnes qui se demandent comment finir le mois.

La question de fond ne serait-elle pas plus autour de « comment donner envie de lire aux gens? »

Si, bien sûr, et s’il est heureusement impossible d’obliger les gens à faire tel choix plutôt qu’un autre, on voit bien l’impact de ce modèle économique aujourd’hui à l’œuvre dans l’édition. La quête aussi urgente que nécessaire du bestseller pour répondre à l’exigence d’un modèle économique basé sur les volumes concentre toute la puissance de frappe des grosses écuries éditoriales et des gros vendeurs type Amazon ou la FNAC sur quelques ouvrages de quelques noms dont on matraque l’opinion pour qu’elle achète en masse au détriment de tous les autres… Lorsqu’on ajoute à cela le prix d’un livre grand format ( je mets volontairement de côté le livre de poche qui n’est jamais une édition en première intention mais la conséquence du succès de l’édition en grand format d’un titre) on pousse malgré tout le lecteur moyen vers des choix prédéterminés, faciles d’accès, par la chaîne du livre telle qu’elle existe et fonctionne aujourd’hui. Disons pour prendre un exemple qu’un déjà bon lecteur lisant un livre par semaine et dépensant donc près de 100€/mois pour l’achat de livres neufs, va avoir tendance à se tourner vers les titres majeurs, sûrs, mis en avant par les campagnes de publicité, sur les tables des librairies et dans la presse spécialisée et qu’il ne lui restera plus grand chose en poche pour investir dans d’autres titres et donc d’autres voix…
« Je ne sais défendre avec envie que les écrivains et les textes qui m’ont « parlé ». »

Comment faites-vous, vous, pour donner envie de lire ?

Je garde un très mauvais souvenir des lectures imposées à l’école et à l’inverse un incommensurable bonheur à découvrir seul, en fouillant dans les bibliothèques et les étals des bouquinistes et puis plus tard, avec un peu plus de moyens, dans les librairies, les trésors de la littérature sans que personne ne m’ait préalablement dit comment et dans quel sens (le bon, toujours) il fallait lire tel ou tel écrivain. Mais ce sont majoritairement les écrivains qui m’ont donné envie de lire en partageant eux-mêmes leurs coups de cœur… C’est ce que je m’efforce de faire à mon tour aujourd’hui comme écrivain, comme éditeur, comme chroniqueur ou en organisant lectures, mises en voix ou rencontres autour des écrivains que j’aime…. partager avec les autres les lectures qui m’ont touché, bouleversé, révolté, bousculé…
Je ne sais défendre avec envie que les écrivains et les textes qui m’ont « parlé »… Mes choix sont absolument subjectifs et assumés comme tels. Donc mon seul outil pour donner envie de lire est la franchise, dire sincèrement en quoi telle ou telle langue, telle ou telle voix m’a plu, me plait, a changé ou change ma vie, ma vision de celle-ci, etc.

Qu’est-ce qui vous donne envie de lire un livre ?

925277898_LLa voix… Javier Cercas fait dire à l’un de ses personnages dans À la vitesse de la lumière (Actes Sud 2006) : « S’il y a une voix, il y a une histoire… Je m’accorde absolument à cette approche de la littérature…  » Pour moi, le meilleur scénario du monde qui ne serait pas porté par une voix, une langue, immédiatement identifiable ne vaut rien, je m’en fous… Ce qui compte c’est la voix singulière qui porte un texte. C’est ce qui m’a bouleversé à la seule lecture de la quatrième de couverture deMon ange de Guillermo Rosales par exemple, ou chez Bataille, Lautreamont, Miller, SaFranko, Fante (père et fils), Louis-Stéphane Ulysse, Rimbaud, Catherine Ysmal… C’est ce qui m’intéresse chez Hunter S Thomson… Sa couverture du « Marathon d’Honolulu » par exemple, on s’en fout, ma sa voix, cette manière unique de raconter, ça, ça m’intéresse… Je mélange volontairement des grands noms et des noms moins connus parce que mon rapport à leur écriture participe du même… Ce qui m’intéresse c’est ce qui peut surgir dans l’écriture, ce qu’un écrivain est le seul à savoir et qu’il ignore pourtant savoir et qui lui échappe parce que sa propre langue le déborde…
Je fais partie de ceux qui pensent que le Progrès, la quête d’un savoir absolu qui améliorerait le sort de l’humanité a définitivement échoué sur les camps d’extermination nazis… Et que depuis ce désastre effroyable, cette apocalypse, aucune démonstration systémique ne pourra jamais plus tenir, que tout ce qui nous reste, c’est la voix des écrivains et leur capacité à ouvrir des trouées vitales au cœur du pire. De ces expériences singulières qu’ils partagent au travers de leur langue et qui, pour non reproductibles à l’exact identique qu’elles soient, nous offrent ce droit de croire que nous pourrions, nous aussi, inventer les nôtres… Et ça, c’est incommensurable. Ça, ça mérite qu’on se batte pour, de toutes ses forces…

Que lisez-vous en ce moment ?

Des manuscrits, essentiellement. Mais dans mes dernières lectures il y a eu le Sur la route Again de Guillaume Chérel paru chez Transboréal, Irène, Nestor et la vérité de Catherine Ysmal, chez Quidam éditeur, En crachant du haut des building de Dan Fante paru chez 13e Note, De sueur et de sang de FX Toole également paru chez 13e Note, Portrait de l’artiste en jeune chien de Dylan Thomas chez Point,Le Marathon d’Honolulu de Hunter S. Thomson chez Tristram, et le dernier Alizé Meurrisse, publié chez Allia…

LA SOLITUDE DE L'OURS POLAIRE / DOSSIER DE PRESSE






BLOG DZAHELL

La solitude de l’ours polaire de Louis-Stéphane Ulysse

« C’est moi qui lui avais mis ça dans la tête : la voir faire ça avec Hawaii Fender …» Cette simple phrase de Louis-Stéphane Ulysse plonge d’entrée le lecteur dans l’ambiance de ce roman. Cet homme vit cette obsession jusqu’à ce que sa femme l’accepte, peut-être par renoncement tout simplement, car elle ne formulera pas le « oui ».
A partir de là, j’ai senti que tout allait devenir inéluctable. A l’hôtel où loge Fender, le mari reste devant la porte, à écouter les bruits émis dans la chambre, des sons qu’il n’a jamais entendus de son épouse. Et le fossé va se creuser entre eux-deux, rien ne sera plus comme avant. « Je me cogne contre les murs, je me déchire dans la boue… »
Etonnant aussi l’espace dans lequel évoluent les personnages. Une ville qui ressemble à un dépotoir, à un ghetto, se dépeuplant au fur et à mesure du récit.« A travers les vitres, les rues se ressemblaient toutes ; jungle concrète privée de vie, trottoirs déserts, immeubles trop hauts… » On sent qu’une tragédie a eu lieu sans doute bien au-delà du seul réchauffement climatique, en résultant peut-être.
Le malaise va crescendo suivant les descriptions de plus en plus précises de l’auteur dont celle de cet ours polaire isolé sur cet iceberg dérivant que la foule de curieux espère apercevoir.
Hawaii est aussi un personnage surprenant, qui fera un séjour en prison sans que nous ne sachions autre chose qu’il portait un tablier sali de sang. Le narrateur le retrouvera et ils se côtoieront à nouveau dans une église en ruine devant l’autel couvert de bougies, sans se parler pour autant.
C’est une lecture qui m’a désarçonnée.L’écriture de Louis-Stéphane Ulysse est très imagée, et poétique. Il parvient dans ce texte pourtant court à faire émerger beaucoup d’interrogations, de réflexions sur la solitude bien sûr, la lente dérive des sentiments humains, la peur de l’abandon et dépeint par petites touches une vision de l’avenir de notre planète, une vision apocalyptique.
Une extrait qui m’a beaucoup émue, le narrateur s’exprimant après la perte de son épouse.
«  Bien sûr, on a inventé les mots et, bien sûr, les supports ne manquent pas pour les dires, les écrire, mais rien n’existe vraiment pour sortir ceux qui sont en nous quand il y a le vide de l’absence…Et quand bien même on finirait par pouvoir sortir ces mots de notre corps, une fois seul, il n’y aurait aucun changement, parce que cette douleur-là ne se partage pas. »
La bande son accompagnant ce magnifique texte est de Caroline Duris. Elle donne encore plus de profondeur aux mots de Louis-Stéphane Ulysse. Les émotions ressenties à la lecture sont musicalement imagées.
Merci à Franck-Olivier Laferrère qui m’a permis de lire ce récit.
Récit inédit / Livre numérique augmenté tous supports / ISBN : 979-10-92243-02-4 / ©E-FRACTIONS EDITIONS/LSU-mars 2013  
 En vente sur L’immatériel  3 € 99  Version Iphone/iPad (epub )
Illustration de pwcca
 Lien : http://dzahell.fr/la-solitude-de-lours-polaire-de-louis-stephane-ulysse


BLOG THE DL REVUE

Louis-Stéphane Ulysse, aka LSU pour plus de rapidité au clavier, fait partie de ces artistes à cheval sur l’underground et le culte. Copain d’écriture de Ravalec ou Despentes, Houellebecq ou Holder, il reste un des rares écrivains français à flirter avec le trash indé sans passer pour un copieur maladroit de la dégénérescence anglo-saxonne. Son premier roman, "Soleil Sale" se range directement dans la classe "BAFFE".
Côté actu, LSU a publié en numérique "La Solitude de l’Ours Polaire", chez E-Fractions, mis en musique par Caroline Duris Metatechno. Un texte barré, dans la droite ligne de son roman. Une histoire poisseuse et onirique, entre non-dit et violence, folie et mort, qui laisse une impression de malaise. La musique (merci l’ebook!) en rajoute une couche, et donne envie d’en lire plus… Les gens bizarres, et leurs écrits, sont décidément les plus intéressants.

Tara Lnnart
Lien : http://thedlrevue.com/2013/09/04/soleil-sale-de-louis-stephane-ulysse-snuff-minitel/

BLOG LES AMOURS DES LIVRES DE FALBALAPAT

La solitude de l'ours polaire de Louis Stéphane Ulysse

« Je m’arrête de faire ce que j’ai à faire et je regarde le ciel. Il tourne au-dessus des vies, il avance et roule sur lui-même, et je me dis que nos vies seraient plus simples si elles vivaient comme lui. Le ciel vit sur une route sans fin, peuplée de tourments, de bouillons, d’apaisements, mais il se désole parce que rien ne vit dans son territoire, et rien ne vit en lui… Parfois un nuage noir passe sur nos silhouettes isolées comme un lent bombardier… » Sous le ciel-couvercle, les individus se poussent à la perte, perdent, se perdent et vivent dans le deuil de ce qu’ils ont perdu. Ils dérivent, pareils à des icebergs perdant toute consistance dans le réchauffement climatique. L’onirique flirte avec le cauchemardesque. Avec La solitude de l’ours polaire, Louis Stéphane Ulysse nous parle d’amour et de désir dont on ne sait que faire.
Extrait 1 :
"J'ai peur. J'ai peur qu'un matin elle ne se réveille pas ; j'ai peur de sa place vide dans le lit, c'est pourquoi je n'aime pas sa façon de respirer : trop fragile, trop légère, comme un souffle qui ne tient qu'à un fil. Je me lève, je descends les escaliers, et dans le salon, j'attends que la peur s'éloigne. J'essaye de croire que tout reviendra comme avant, comme quand nous étions innocents, comme quand nous faisions tout, sans savoir ni conscience. Je peux rouler sous la pluie battante, rouler jusqu'à ne plus savoir où je suis, ni où je vais, seulement éclairé par la foudre.  Je peux passer la nuit à chercher des affiches d'Hawaii pour les arracher, en me disant que nos vies peuvent encore changer. Je me cogne contre les murs, je me déchire dans la boue... Un soir, je me suis arrêté au bord de la route qui domine la vallée. Il y avait toutes ces lumières en contrebas, et je regardais le monde sans moi." Extrait 2 : "... C'étaient les images de la veille qui nous avaient donné envie d'aller le voir. Un iceberg géant s'était détaché de la banquise pour traverser l'océan. C'était devenu courant, ces dernières années, mais ça fascinait toujours autant, et quand ça se produisait, on faisait même des paris en se demandant jusqu'où irait l'iceberg, et dans quel état... Cette fois, en prime, il y avait un ours polaire dessus. Il tournait en rond, piégé, prisonnier sur son bout de glace. Au fur et à mesure de sa dérive, il perdait en consistance. Sa fourrure et toute la densité de sa chair avaient perdu de leur cruauté." Mon avis :   Encore une belle surprise... Une écriture qui nous emmène dans un monde onirique de désir et de douleur à l'image de cet ours polaire à la dérive sur son iceberg.  Un homme emmène sa femme voir un mystérieux Hawaii, le lendemain le silence s'installe dans le couple, nous ne saurons jamais ce qui s'est vraiment passé cette fameuse nuit... puis soudain l'absence... La dérive commence tout doucement, d'abord l'attente, le vide et la douleur, celle qui n'a pas de mots, celle qu'on ne peut pas partager au début.
Louis-Stéphane Ulysse d'une écriture onirique que j'aime particulièrement  nous entraîne dans les méandres des sentiments humains et nous parle d'amour, un livre à découvrir absolument.Un dernier passage dont la musique des mots a parfaitement résonné à mon oreille au cours de la lecture : "Un soir, enfant, je m'étais perdu sur les berges dans la nuit. Je ne retrouvais plus le chemin de la maison. D'étranges racines sortaient de la boue pour m'enlacer. Par-delà les grillons, des voix venues des arbres m'appelaient avec douceur. Il y avait des formes vivantes et lumineuses là-bas, au loin, sur le fleuve... Petite lueur dansante qui me ramène au présent... Je regarde ma femme marcher devant moi comme si je n'existais plus pour elle, une femme sous une autre influence, murée dans sa nuit..." Vous avez également en accompagnement de l'eBook une magnifique BO de Caroline Duris en parfait accord avec le texte à découvrir et à écouter encore et encore.Je remercie encore une fois Franck-Olivier Laferrère pour sa confiance ainsi que Les éditions E-FRACTIONS.
Lien : http://les-amours-de-livres-de-falbalapat.over-blog.com/m/article-116508388.html


BLOG POSTLUCEMTENEBRAE

Louis-Stéphane Ulysse, La solitude de l’ours polaire

On le sait, l’effraction est une spécialité de l’équipe réunie autour de Franck-Olivier Laferrère et de Virginie Vaylet. Cet esprit effractionnaire s’est manifesté une première fois, aux yeux de tous, en automne 2011, à l’occasion du festival Effraction#1 tenu à la Galerie de Nesle. L’équipe s’est ensuite munie d’un bras littéraire avec la parution, le 14 février 2012, d’une première effraction littéraire commise avec la complicité des Éditions Edicool : Aimer, c’est résister, un recueil collaboratif signé Ciderrant Prod. Quelques mois plus tard, la parution de Lawrence d’Arabie. À contre-corps marque une étape supplémentaire dans l’affirmation littéraire des effractions, le petit texte battant le pavillon flambant neuf des E-Fractions Éditions. Et c’est avec la publication d’un troisième titre, La solitude de l’ours polaire, texte onirique sorti de la plume virtuelle de Louis-Stéphane Ulysse, que Laferrère confirme sa volonté de donner une assise durable à l’esprit de cette résistance bien particulière.
La solitude de l’ours polaire, c’est un texte qui s’ouvre sur un coup de tonnerre : l’obsession du narrateur de voir sa femme « le faire avec Hawaii Fender », but qu’il poursuit pendant des mois en coulant « en elle tout le poison de [son] obsession », l’assurant toujours et encore que « ça serait bien qu’elle le fasse avec Hawaii Fender » (I). Elle finira par céder, mais lui ne la verra pas « le faire » parce qu’il restera dehors, dans le couloir, aveugle, pendant que de l’autre côté se passent des choses qui font éclater sa vie en mille éclats, malgré la moquette qui « compressait l’air, avant de l’absorber » (III).
C’est, en fin de compte, cette rencontre-là, amenée par la fascination qu’exerce le musicien sur le narrateur, qui introduit dans le texte comme une faille, un décalage qui finira par se propager jusqu’aux décors. Ceux-ci, vaguement familiers dans la première partie du récit, deviennent franchement apocalyptiques à partir du chapitre XII, grâce à une chiquenaude temporelle qui propulse le texte « quelques années » en avant, dans un avenir donc pas si lointain que ça, et la ville qui, au moment où le narrateur conduit sa femme à l’hôtel de Hawaii, n’est pas sans rappeler les ghettos des grandes villes américaines ou les cités de la banlieue, « jungle concrète privée de vie, trottoirs déserts, immeubles trop hauts » (II), finit par ressembler, avec ses églises en ruine et ses autoroutes encombrées par des campings-cars en panne sèche finale qui « prenaient racine [...] et restaient comme ça, au beau milieu » (XXVIII), à une ville abyssale comme celle du Blade Runner, la pluie en moins, en proie à l’horreur d’un avenir aboli où la seule beauté – fatale – vient des bords de l’univers, témoignage des guerres menées loin des derniers hommes, rapporté par des êtres éphémères :
I’ve seen things you people wouldn’t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched c-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain.1
Dans cet univers-là, signé de la griffe de Louis-Stéphane Ulysse, les températures montent, les pôles sont menacés, les ours polaires dérivent sur les icebergs, et les villes se meurent. Les fous y sortent de leurs jardins et courent les rues dans un accoutrement absurde, mêlant la robe des membres du Klan au déguisement des enfants qui jouent au fantôme, proposant leurs femmes au premier-venu. Quand ils ne se rassemblent pas sur la plage pour assister, inconscients, au passage annoncé d’un iceberg avec son ours polaire captif, véritable memento mori brandi par le changement climatique, salué par la foule dégoûtée de ne trouver que les restes du fauve rejetées par les vagues (XII).
La folie y est côtoyée par la solitude, inscrite dans ce texte depuis ses premières lignes. Celle, évidemment, de l’ours polaire annoncée dans le titre qui, seul, se noie dans les flots. Mais cette solitude-là n’est que l’emblème de celle de tous les autres qui passent dans ce récit, sur fond de désolation et de société en désagrégation. C’est le cas du narrateur, seul une première fois dans le couloir de l’hôtel où il attend le retour de sa femme ; seul, après la mort de celle-ci ; seul, dans l’ascenseur qui le fait descendre dans la morgue ; seul, encore et toujours, sous un ciel vide. Sa femme l’est, elle aussi, seule. Seule, devant Hawaii Fender vêtu de son tablier de boucher ; seule, dans les coulisses quand la porte se referme derrière elle (VI) ; marchant devant son époux – seule –, « comme si [celui-ci] n’existait plus pour elle ; une femme sous une autre influence, murée dans sa nuit… » (VII) ; seule, enfin, dans la voiture écrasée, seule malgré les badauds. Seul, aussi, le voisin Wonkel, dans son jardin et dans sa garage ; seul, dans la nuit quand il passe de porte en porte pour proposer aux habitants de baiser sa femme avant d’être emporté, seul, par l’ambulance, avant de se pendre – seul, encore et toujours. Seul, lui aussi, Hawaii Fender, le musicien, seul, malgré l’entourage qui l’adule, « dans un pays d’ours polaires », dans « un monde qui ne veut pas de moi, un monde hostile et dérangé » (XI), seul, en prison d’où il sort abîmé, seul, dans le contre-jour (XXIX), seul, devant l’autel garni des photos de la femme du narrateur.
Il n’y a que les silhouettes venues du fond de la nuit qui peuplent cette désolation, spectres entraperçus sur les toits (II), dans les coulisses (VI), entre les arbres du cimetière où elles traversent le parc et montent dans la voiture (XXII) après l’enterrement de la femme. Silhouettes qui se rassemblent, « de plus en plus nombreuses » (XXXI), derrière Hawaii et le narrateur, devant leurs autels de fortune. Silhouettes qui hantent le décor et les imaginations, prennent la place des badauds, se greffent sur les vivants, comme sur Hawaii – « silhouette fatiguée » (XXIX) –, quitte à les remplacer comme l’épouse morte dont la silhouette rejoint le narrateur « à contre-jour dans la même pièce » (XXIV). Le récit progresse, jalonné de silhouettes et de cadavres, froids ou chauds, peu importe, à l’image de l’iceberg, de son ours polaire et de ses restes minables. Que dire alors de l’espoir naguère encore invoqué par le narrateur quand il s’obligeait à essayer
de croire que tout reviendra comme avant, comme quand nous étions innocents, comme quand nous faisions tout, sans savoir ni conscience. (X) ?
Dans un monde où la mort se donne en spectacle, que reste-t-il « quand tout a été fini » (XXX), si ce n’est l’effigie de celles et de ceux qu’elle a engloutis tandis que les badauds rassemblés devant l’autel, sont devenus, eux, des silhouettes ?
Ce texte si court pose tant de questions qu’on ne se lasse pas de le lire encore et encore, de plonger toujours plus loin dans l’espoir – ou la crainte – de toucher le fond. C’est à se demander comment aussi peu de paroles peuvent évoquer autant de défaites, laisser tant de choses dans la pénombre des phrases à moitié dites, et on en vient à comprendre, à force de réfléchir, que ce texte est bien plus qu’un rassemblement de paroles, qu’un récit : Il s’agit d’une véritable effraction littéraire qui force la porte du quotidien pour culbuter le mobilier des univers si bien rangés.
Louis-Stéphane Ulysse
La solitude de l’ours polaire
E-Fraction Éditions
ISBN : 979-10-92243-02-4
 _______________
Ridley Scott, Blade Runner, 1982. L’androïde Batty au flic Deckard, juste avant de mourir. [?]

Lien : http://postlucemtenebrae.eu/?p=5613



BLOG ANNE BERT

La solitude de l'ours polaire
Ecrivains et auteurs : Louis-Stéphane Ulysse
Editeur : E-fraction Éditions
Thèmes : Livre numérique Inclassable Roman

La solitude de l'ours polaire, de Louis-Stéphane Ulysse,   est la  3ème publication des
 éditions E-Fractions, ( après  Aimer c’est résister et Lawrence d’Arabie ,  à contre-corps)  Je reviendrai dans une publication à venir sur ce que sont ces toutes jeunes éditions E-Fractions  dirigées  par Franck-Olivier Laferrère  et Paul Leroy-Beaulieu.
Le texte de Louis Stéphane  Ulysse ne plaira pas à ceux qui cherchent dans la lecture un moyen aimable et facile de passer un bon moment afin d’oublier la misère du monde.  C’est un choc frontal.  Pour ne pas  dire une effraction  dans  le prêt à penser.
Je n’imagine pas  que l’on puisse lire La solitude de l’ours polaire debout dans le métro sur son I’phone, ce qui me réconcilie avec les livres numériques qui ne seraient d’après leurs adeptes qu’un moyen de rendre la littérature légère et nomade.
 La  littérature n’a jamais été pour moi  un divertissement,  bien au contraire de me détourner du monde et des hommes ou de  me complaire à m’y  mirer,  j’y cherche  ce que je ne vois pas, ce que je ne sais pas, l’arrière du décorum,  le désordre,  bref ce qui me bouscule et m’égare. Et bien avec La solitude de l’ours polaire, je suis servie !  Il m’a fallu  plusieurs lectures pour  parvenir à dessiller et à m’emparer du récit que je ne peux déflorer dans cette note de lecture en raison  de son format très court, il faut laisser aux lecteurs la magie (noire)  du texte opérer.
Louis Stéphane Ulysse balance  le lecteur dans les remous du gouffre sans  même lui avoir fait faire trempette avant. A  la manière d’un road movie  marathon qui chemine sur les dérives du désir et de l’amour, l’auteur   met en scène un homme qui veut voir sa femme le faire avec Hawaii Fender, un musicien qui le fascine. De façon obsessionnelle, il ne vit plus que pour ça, prêt à tout, jusqu’à la folie, sans savoir si lui importe finalement qu’elle le fasse, qu’il le sache ou qu’il la voie faire.
Pour  dire le désir qui encombre les hommes et le désastre des solitudes qui les glace ou les échauffe, l’auteur décrit un monde peuplé d’hommes et de femmes perdus dans leurs délires,  des jungles urbaines  glaciales et une nature suppliciée.  Comme une procession d’aveugles, Ulysse embarque à la suite du narrateur et de celle de sa femme adorée et d’Hawaii, des personnages plus spectateurs qu’acteurs de leur propre existence  [ Je suis le grand croque-mitaine qui passe de maison en maison, en soulevant les toits pour voir ce qui manque à l’intérieur ]  dit Hawaii.
Et le pauvre ours   polaire  du titre du récit, aussi déboussolé que les hommes,  se donne en spectacle comme un miroir pour les spectateurs hébétés, prisonnier de sa banquise qui dérive  et  finit par disparaître on ne sait où  avec les restes de la pauvre bête.
Tout est exprimé de manière incisive et pourtant avec  tant de non-dits,  les ombres des hommes, des femmes et même des enfants se démultiplient, mouvantes, et le lecteur se surprend à chercher désespérément quelque chose de familier pour se raccrocher à une branche afin de ne pas se laisser embarquer dans la débâcle, [ Lumières des voisins encore  allumées dans la nuit, à ce demander ce qu’ils font, et toujours cette note sans fin, presque stridente, pour nous accompagner hypnotisés dans le vide de nos vies. L’angoisse a pris la place de notre désir. ]
Pourtant, si La solitude de l’ours polaire n’est rien d’autre qu’une  implacable complainte sur nos solitudes, nos peurs et l’absurdité de nos vies, la tendresse de Louis Stéphane Ulysse  pour ses personnages transparaît en filigrane tout au long de son récit et cette douceur réconforte un peu… [ la paisibilité que ça peut donner de regarder un corps qui respire sans savoir, magie douce … ]

Anne Bert
Lien : http://salon-litteraire.com/fr/livre-numerique/review/1828154-la-solitude-de-l-ours-polaire



BLOG PENSEES LIBRES

My ebook is richer than yours.

J’ai récemment eu le plaisir de jouer l’apprentie sorcière avec le dernier-né d’e-fractions.com, maison d’édition numérique qui publie peu, mais bien, en numérique évidemment.
La Solitude de l’Ours Polaire de Louis-Stéphane Ulysse est un texte magnifique qui raconte une histoire poignante. Pour en savoir plus sur le sujet, je vous recommandel’excellente chronique sur le site de dzahell qui devrait vous donner de sérieuses envies de lecture.
Mais La Solitude de l’Ours Polaire n’est pas un livre ordinaire, c’est un livre enrichi. Et c’est ce dont je vais vous parler : de son aspect technique. Un livre numérique est considéré enrichi lorsqu’il intègre son, ou images, ou les deux au fil de sa lecture.
Enrichi ou augmenté ?
Enrichi est à mon avis mal choisi, une mauvaise traduction de l’expression anglo-saxonne ? augmented ebook ”. Livre augmenté est plus précis, plus correct. D’un point de vue sémantique, ? livre enrichi ” suggère que la valeur intrinsèque du livre en question est moindre dès lors qu’on le prive de sa ? valeur ajoutée ”. ? Livre augmenté ” revient à dire qu’une dimension supplémentaire lui est conférée, sans suggestion de ? meilleur ” ou de ? moins bon ”. Et je crois que c’est mieux ainsi
Ce livre s’accompagne d’une musique de Caroline Duris.  C’est ce qui en fait un livre augmenté et les deux se lient harmonieusement tout au long de la lecture. Kant a dit que la musique est la langue des émotions ; ici, texte et musique parlent d’une même voix, mais ont tous deux une âme et une atmosphère qui leur sont propres et leur permettent d’exister aussi bien ensemble que séparément.
Car suivant le type d’appareil que vous utilisez pour vos lectures numériques, vous risquez de devoir les utiliser séparément. Bienheureux les utilisateurs d’iOs, car le royaume du numérique augmenté leur appartient.
Le livre a été conçu principalement pour le système d’exploitation iOs (Apple, pour ceux qui ne sauraient pas). Donc si vous possédez un iPad ou un iPhone, félicitations, tout va marcher comme sur des roulettes. Par contre si vous possédez autre chose, de la vieille liseuse asthmatique d’il y a 3-4 ans à la superbe tablette Galaxy Note en passant par toutes sortes d’appareils dont le système d’exploitation n’est pas une pomme, ça se complique… Mais ne vous en faites pas, il y a toujours une solution.
Mais pourquoi l’éditeur a t-il privilégié Apple ?
Bonne question… Eh bien c’est tout simple : il n’a pas eu le choix. Techniquement parlant, seul l’iOs d’Apple avec iBook/iTunes permet de lire correctement un fichier EPUB texte+son, tout en un. Les autres en sont à l’heure actuelle, incapables. Ne me demandez pas pourquoi, ce serait trop long à expliquer. Disons pour faire court qu’une bataille fait rage entre les divers standards utilisés pour produire un livre numérique (augmenté ou pas) et que tant qu’un vainqueur n’aura pas été déclaré, les éditeurs numériques seront contraints de faire des choix et privilégier la plate-forme la mieux adaptée à leur produit. Parce que si vous voulez optimiser votre livre pour tous supports, c’est possible (en théorie) mais ça va vous prendre tellement de temps et de maux de tête que vous ne le ferez pas (en pratique).
Revenons plutôt à nos moutons digitaux…
J’ai donc testé l’ouvrage sur plusieurs supports et plusieurs applications, et voici les résultats, ainsi que quelques conseils pour rendre votre expérience la plus fluide et agréable possible.
First things first.
Lors de l’achat du livre, http://e-fractions.com/librairie/ – vous avez 3 options de plateforme, clairement indiquées : une version iOs (Apple), une version tous supports (Android, Windows…) et une version Kindle (Amazon). Toutes sont au même prix, choisissez la vôtre, payez, téléchargez… et après, on fait quoi ?
Vous avez une Pom, Pom, Pomme…
Facile…lancez votre app (iBook), en haut de la page 4 juste au dessus de la première phrase du livre, vous avez un lecteur de musique. Super, c’est comme ça que doit se passer. Allez-y, cliquez, réglez le son à votre convenance, mettez vos écouteurs si le cœur vous en dit, lisez, tournez les pages, laissez vous emporter… Vous voici plongé au cœur de l’univers littéraire et musical imaginé par l’auteur et l’éditeur.
CAVEAT – Si vous ne voulez plus de la musique, je vous conseille de baisser le volume son de votre appareil. Pour des raisons techniques indépendantes de la volonté des concepteurs, (c’est la faute au code) le lecteur de musique n’est accessible que de la page 4.
Si vous lisez sur votre Mac, ne comptez pas sur Digital Editions pour lire ce livre. Il vaut mieux utiliser Calibre (lecteur gratuit, version récente SVP) qui vous offre les mêmes possibilités de lecture augmentée que l’iBook. Halleluya.
Pour le petit bonhomme vert, les machins à fenêtre et les autres.
Pour le reste du monde digital (Android, Kobo et al.) c’est moins évident. Mais ça peut le faire, comme on dit… Choisissez l’option ? Tous supports ” et vous recevrez deux fichiers séparés : un EPUB pour le livre et mp3 pour la musique. Un peu de patience, un peu de méthode, vous allez y arriver. Même si vous n’êtes pas un geek certifié…
De quoi avez-vous besoin ?
A priori rien, vous avez déjà tous les outils nécessaires sur votre tablette (ou liseuse, c’est selon). À savoir :
- Votre logiciel de lecture habituel. Kobo par exemple, mais vous pouvez aussi utiliser FB Reader ou CoolReader par exemple (gratuits et disponibles sur le Google Play Store).
- Votre lecteur de musique favori. C’est tout simple : il vous suffit d’envoyer vos fichiers dans leur bibliotèque respective. Si votre équipement (liseuse, tablette ou smartphone) est relativement récent, l’opération est automatique.
À présent, ouvrez le fichier EPUB. En page 4, vous trouverez un message vous informant que le fichier audio n’est pas supporté par votre appareil ou application. Pas de souci, cela ne veut pas dire que votre équipement est défectueux. Allez maintenant sur votre lecteur de musique, ouvrez le fichier mp3 que vous venez juste de télécharger, cliquez… c’est parti ! Il ne vous reste qu’à retourner à votre livre et commencer votre lecture. Vous n’avez rien à envier aux Apple Afficionados. Je gage que des la première page, vous aurez oublié vos petits tracas techniques et la frustration qui les a accompagnés.
Et pour le Grand Méchant Loup…
Vous avez un compte Amazon et/ou vous lisez sur Kindle ? Pas de problème, tout est prévu. Sur le site de l’éditeur, choisissez la version Kindle. Amazon utilise un format propriétaire (awz) pour ses ebooks et par conséquent ne lit pas les fichiers EPUB traditionnels. Vous recevrez donc le livre d’un coté et le fichier mp3 de l’autre. La procédure pour obtenir lecture + musique en simultané est la même que pour Android/Windows ci-dessus, lancez d’abord votre application Kindle, ouvrez le bouquin, etc…
Une autre façon de lire.
Le livre augmenté est la conséquence naturelle du livre numérique, une sorte d’évolution darwinienne qui permet à de nouvelles espèces, avant-gardistes et évolutives, de se développer. L’Ours est avant tout un livre, mais il est aussi un travail créatif et collaboratif.
Je ne crois pas que le livre augmenté prendra la place du livre traditionnel. Mais les deux peuvent exister sans que l’un nuise à l’autre. La Solitude de l’Ours Polaire est une expérience audacieuse et réussie, une immersion différente dans le monde de la lecture et qui vous laisse entrevoir les possibilités d’un futur tout proche…
Augmenté ou pas, La Solitude de l’Ours Polaire se lit et se relit sans lassitude. Je le sais, je l’ai fait plusieurs fois alors que je testais à travers de multiples supports. La musique est une toile de fond délicate, émouvante et envoûtante. Elle s’écoute avec ou sans le livre. D’ailleurs je l’écoute en écrivant ce billet.
Bonne lecture, bonne écoute. Ensemble ou séparément.

Julie
Lien: http://penseeslibres.com/my-ebook-is-richer-than-yours/