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HAROLD / PINKY / PARTAGELECTURE.COM


[Ulysse, Louis-Stéphane] Harold par Pinky le Jeu 27 Jan 2011 - 17:57 Harold Policier 344 pages édité au serpent à plumes en août 2010 Résumé État de Californie, septembre 1961. Chase Lindsey, un éleveur d’oiseaux, recueille un corbeau blessé qui porte une bague argentée à la patte. L’oiseau s’appelle Harold. Bodega Bay, 1962, le tournage des Oiseaux d’Hitchcock peut enfin commencer. Harold et Chase y participent, totalement hypnotisés par la fascinante Tippi Hedren. Mais Harold est dangereux… et Tippi, en déroute… Voici le point de départ d’une histoire hors du commun : l’histoire d’un corbeau et d’une actrice. Autour d’eux, Alfred Hitchcock, Éva Beaumont, Lew Wasserman, Mickey Cohen, les redoutables frères Gianelli, Abraham Zapruder, s’affrontent et se croisent dans un récit qui flirte avec le roman noir et le technicolor. Harold, une histoire d’amour et de désir, une histoire de mort, une ode au cinéma et aux gangsters, où les bas-fonds de Los Angeles ne sont jamais bien loin des studios d’Hollywood. Révélé par Florent Massot avec Soleil sale (1996), Louis-Stéphane Ulysse a fait partie des premiers auteurs de la « nouvelle génération » de Marion Mazauric, aux éditions J’ai lu. Il a publié également chez Calmann-Lévy et Flammarion. Harold est son huitième roman. Mon ressenti Moi qui suit une réplique parfaite de Tippi mais en brune (quoi vous ne me croyez pas …), cela faisait un moment que ce volatile me faisait de l’œil quand je passais dans les rayons de livres. J’ai fini par l’acheter, moi une grande fan du film « les oiseaux », du cinéma d’Alfred Hitchcock, du cinéma de cette époque, je ne pouvais ne pas l’acheter… C’est un livre déstabilisant, car l’auteur a su mêler l’histoire du film, les anecdotes, la vie des acteurs, du réalisateur, le tournage, donc une certaine réalité avec le reste, à tel point que je ne sais pas ce qui est vrai du faux… Bien sûr l’auteur romance l’atmosphère de l’époque avec les chantages, les enlèvements, des trafics et d’autres manipulations… de bandits bien identifiés comme faisant partie de la mafia ? Et bien sûr avec un suspense diabolique avec cet oiseau noir et son amour inconsidéré pour cette actrice Tippi… Qui est qui ? Qui est le fantasme de qui ?… Par contre, si j’ai adoré tout ce qui se rapporte au film, j’ai moins aimé les parties concernant la mafia, mais c’est moi ça. Et puis surtout, il me manque des réponses, et ça, je n’aime pas du tout… mais je pense que c’est fait exprès…. A découvrir pour les amateurs.



(couv alternative)

HAROLD / JOURNAL D'UN HETEROTOPE / FRANCK-OLIVIER LAFFERRERE


Dans les yeux de Norma Jeane…
« Toi, tu l’aurais sauvée… ». Elle avait lâché ça à travers ses yeux embués, ses jolis pieds ramassés sous ses fesses, sur le canapé en velours beige qui tourne le dos à la grande baie vitrée au fond du chalet. Il devait être un peu plus de 22h, la voix chaude d’un comédien déroulait lentement vers sa fin le commentaire tiré du livre de Michel Schneider sur la légende de Norma Jeane…Je venais de publier ma note sur les vacances, et commençais à corriger l’article de fond que j’écris sur l’édition numérique, en attendant que nous allions nous perdre dans la nuit noire sur les routes de montagne, l’un à côté de l’autre, nos pas en cadence, le souffle court, comme nous nous efforçons de le faire chaque soir depuis quelques temps, marchant vite, d’un pas pressé vers les sommets comme dans la descente, comme s’il fallait toujours distancer l’orage, battre la pluie dans une course folle avant de se précipiter sur le lit où nous nous étalons, les nerfs lavés par l’effort.
« Toi, tu l’aurais sauvée… ». Le petit bout de phrase lâché dans le silence épais que je ne trouve jamais qu’ici, sur le flanc des Alpes, qu’elle n’aime pas vraiment n’ayant jamais su apprivoiser la haute montagne qui l’effraie, pesant sur ses angoisses aussi surement que le ciel gris foncé, le ciel baudelairien de ce petit matin ; comme si le temps devait en rajouter, comme s’il ne pouvait y avoir d’alternative à l’enfermement dans le vase clos de ses incertitudes, son grand carnet noir à la couverture damassé irréductiblement fermé sur la table, son Iphone comme un entonnoir, un trou noir l’aspirant irrémédiablement pour la ramener au documentaire d’hier soir pris en cours, tandis qu’elle m’attendait et que dans le bureau le petit A. jouait sur l’ordinateur, l’autre télé allumée sur les JO de Londres. Jusque-là j’avais écouté d’une oreille distraite ayant depuis longtemps déjà répondu pour moi-même à la violence du monde à l’égard d’une femme dont la sensualité incandescente fait irrémédiablement barrage à la domination simple des hommes, non qu’elle la préserve de leur violence ou de leurs sales petits désirs, les provoquant même, mais parce qu’elle les laisse à jamais incertains, à jamais friables, colosses d’argile ou de papier mâché devant cette puissance sexuelle qui les tient et les menace jusque dans les bureaux les plus sûrs, au sommet de la pyramide du monde.
Hitchcock, plus encore qu’Arthur Miller, aura tenté d’en minimiser la puissance en la réduisant au rang de pute… Une femme avec son sexe au milieu du visage qui l’aurait certainement empêché de réaliser Vertigo ou Les Oiseaux, la façade glacée de Tippi Hedren dissimulant mal ces failles par lesquelles il saura s’engouffrer pour la maltraiter, la bousculer et la salir – comme l’a si bien montré Louis-Stéphane Ulysse dans son roman Harold – Mais Norma Jeane… Les femmes pudiques et coincées, rentrées sur leur désir étouffé, la haïssaient déjà toutes, les hommes en avaient fait leur objet de désir absolu, il ne restait rien à faire, aucun espace où asseoir son pouvoir, il ne restait qu’à la rejeter et la fuir.
Elle n’a pas besoin de me dire, il n’y a pas besoin de mots, à cent lieux j’entends le bruissement de ses craintes mettre en branle la machine de mort qui s’obstine à vivre en elle. Je peux être à l’autre bout du monde, je sais lorsque le monstre s’éveille. Je le sais et je lui fais face. Toujours. J’en connais les risques, j’en mesure le prix, je sais la part de prétention qu’il me faut nourrir pour croire que j’y survivrai toujours, mais renoncer à ce combat-là et fuir, je ne le peux pas…



                         (projet de couv de l'auteur)