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Affichage des articles du mai, 2011

HAROLD / SITE "PARUTIONS. COM" / MARC LUCAS

Un oiseau rare
Louis-Stéphane Ulysse Harold
Serpent à plumes 2010 / 19 € - 124.45 ffr. / 342 pages
ISBN : 978-2-268-06978-4
FORMAT : 13cm x 20,5cm
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Harold aura connu une trajectoire exemplaire : il fait ses débuts dans le music-hall en Europe, d’où il est invité aux Etats-Unis pour jouer son numéro à Las Vegas. Après quelques cahots dans son parcours, qui laisseront un mystère dans sa biographie, il est repéré par l’industrie du cinéma, d’abord pour y être figurant. Mais il crèvera l’écran et se révélera une vedette dirigée par rien moins qu’Hitchcock, et vivra une relation avec la star émergente du moment. Harold connaîtra ainsi Hollywood, ses paillettes mais aussi ses zones d’ombre.

Mais, et c’est là son moindre défaut, Harold est un corbeau. Et c’est en suivant ce corbeau qui vole très au-dessus du commun des mortels, qu’ils soient ses congénères ou des humains, que Louis-Stéphane Ulysse nous fait vivre cette saga, suivie pour bonne part dans les pas de Chase, le dresseur qui recueille Harold et plonge avec lui dans l’industrie du cinéma, ses spots étincelants, ses rouages broyeurs et ses méandres glauques.

Comme il aime à le faire, Ulysse brode son récit autour de personnages réels, en glissant de nombreuses anecdotes croustillantes, vraies ou fantasmées, et quelques citations pour donner le ton : «Un soir, passablement ivre, Chilton se leva droit comme un «I» rubicond, en l’occurrence le «I» de ivrogne, pour s’exclamer : «Cherchez pas, si les serveurs sont plus là, c’est qu’on nous les a servi à bouffer !» Il fut aussitôt éjecté par le fond de son pantalon par les serveurs qui n’avaient pas encore été mangés» (p.171). Mais le nœud de l’histoire est bien le tournage des Oiseaux, par un Hitchcock alors omnipotent à Hollywood, avec dans le premier rôle une jeune mannequin inconnue, Tippi Hedren.

L’auteur s’est soigneusement documenté sur ce tournage, délectable matériau pour un romancier avec son ambiance virant au cauchemar, et les nombreux thèmes artistiques qu’offre cet univers où tout est plus compliqué que l’image projetée le laisse croire, en premier lieu la relation que noue «Hitch» avec «Tippi». Il est aussi beaucoup question de doublure, de faux-semblant, de clinquant et d’artifice, tant l’ambition du film nécessite de moyens parfois détournés, y compris pour les dresseurs à la fois aux prises avec les nuées d’oiseaux et avec des automates qui les remplacent. Chase lui-même s’y perd, se trouve à son corps défendant pris dans les sales histoires des seconds couteaux sans scrupules d’Hollywood, cette mafia des studios dont les idoles sont Sinatra et Bugsy Siegel, où fraie également la doublure lumière de Tippi Hedren, par ailleurs actrice de films plus osés.

Harold survole tout ce monde, disparait et réapparait à sa guise, surtout auprès de Tippi qu’il privilégie, au grand dam de tous les personnages qui gravitent autour d’elle. En revanche personne d’autre n’est épargné, pas même Chase qui lui a sauvé la vie, et son bec dur et froid peut faire des dégâts. Cet oiseau est un véritable protagoniste, doté d’une volonté propre, d’une adresse certaine et d’un type d’intelligence que lui envie même Hitchcock. Il donne le ton au récit qui, au-delà de la chronique, rend hommage au film qui l’a inspiré, avec une ambiance noire (aile-de-corbeau, bien sûr) et des échappées fantastiques rendues glaçantes par le fait que comme dans Les Oiseaux, les attaques ne sont pas explicitées, et qu’en particulier Harold ne donne pas sa version des faits, ni son témoignage de présence ou d’absence dans des situations que le lecteur impressionnable pourrait lui attribuer.

Néanmoins, l’intensité décroît après le climax que constitue la fin du tournage, et un bon tiers final du livre est plus laborieusement consacré à tirer les fils entrecroisés par les épisodes précédents. L’auteur y manifeste davantage d’ambition, en faisant rebondir par exemple l’assassinat de John Kennedy dans son histoire, mais moins de maîtrise. Malgré cela, Harold est une réussite, ne serait-ce que pour ce personnage de corbeau, qui mérite bien le rôle-titre.

Marc Lucas

site : http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=440&ida=12777



(couv alternative)

HAROLD / SITE L'ACCOUDOIR

Harold est un roman insaisissable, mouvant, qui ne cesse de bifurquer, mêlant avec subtilité les tons et les genres. Partant du célèbre film d’Alfred Hitchcock Les Oiseaux, Louis-Stéphane Ulysse bâtit une intrigue étonnante. A mi-chemin entre réalité et fiction, il met en scène les à-côtés d’un classique du cinéma d’épouvante, dont le tournage faillit virer au cauchemar pour l’actrice principale Tippi Hedren, coincée entre les becs acérés des oiseaux et le harcèlement épuisant d’un Hitchcock envahissant comme un adolescent transi. Et puis, rapidement, Ulysse prend de la hauteur, enchevêtrant le vrai et le faux, donnant à son texte des allures de portrait éclaté du Hollywood des années 1960. En se focalisant sur un essaim de personnages secondaires, tous réels, en multipliant les digressions sur les hôtels ou les anecdotes sur tel ou tel événement, l’écrivain parvient à capter l’essence d’une époque tourmentée, ces années JFK qui ont tant nourri l’imaginaire du roman (et du film) noir. Au fil des chapitres courts, Louis-Stéphane Ulysse mène sa barque avec aisance, alliant une écriture nerveuse à une construction dynamique et très plaisante à la lecture – seul le deuxième quart du livre souffre de quelques longueurs, avant de reprendre le rythme. Polar sombre, plongée dans l’envers du rêve américain, texte érudit sur le cinéma ou récit quasi fantastique, Harold reflète le monde qu’il décrit : instable, ambivalent, séduisant mais dangereux, pourri par le perversion, l’argent, le sexe et la  mafia. Au point qu’on le croirait écrit à partir de scènes coupées, rushes oubliés du fantasme hollywoodien.
Août 2010, 340 pages, 19 euros.

Source : http://laccoudoir.com/polar/harold-louis-stephane-ulysse-447

(couv alternative)

HAROLD / SITE LE CHOIX DES LIBRAIRES

.. Harold

Couverture du livre Harold
Date de saisie : 20/08/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Collection : Fiction Francaise Serpent A Plumes
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782268069784
GENCOD : 9782268069784
Sorti le : 26/08/2010

  • Les présentations des éditeurs : 20/04/2011
État de Californie, septembre 1961. Chase Lindsey, un éleveur d'oiseaux, recueille un corbeau blessé qui porte une bague argentée à la patte. L'oiseau s'appelle Harold.
Bodega Bay, 1962, le tournage des Oiseaux d'Hitchcock peut enfin commencer. Harold et Chase y participent, totalement hypnotisés par la fascinante Tippi Hedren.
Mais Harold est dangereux... et Tippi, en déroute...

Voici le point de départ d'une histoire hors du commun : l'histoire d'un corbeau et d'une actrice. Autour d'eux, Alfred Hitchcock, Éva Beaumont, Lew Wasserman, Mickey Cohen, les redoutables frères Gianelli, Abraham Zapruder, s'affrontent et se croisent dans un récit qui flirte avec le roman noir et le technicolor.

Harold, une histoire d'amour et de désir, une histoire de mort, une ode au cinéma et aux gangsters, où les bas-fonds de Los Angeles ne sont jamais bien loin des studios d'Hollywood.

Révélé par Florent Massot avec Soleil sale (1996), Louis-Stéphane Ulysse a fait partie des premiers auteurs de la «nouvelle génération» de Marion Mazauric, aux éditions J'ai lu. Il a publié également chez Calmann-Lévy et Flammarion. Harold est son huitième roman.

  • Les courts extraits de livres : 20/04/2011
Vienne, mars 57... La neige recouvre tout, même la roue du Prater est immobile... Silhouettes frileuses, visages fermés, opérette mortifère, façades d'empire déchu ; certaines, encore noircies, témoignent de l'incendie qui a tout ravagé, et de l'innommable qui en est la cause. Ne restent que des palais de courants d'air, avec la crainte du Rideau de fer tout proche.
Les vainqueurs ont coupé la ville en quatre. Les Russes ont fini par se replier mais qui sait s'ils ne vont pas changer d'avis. On projette encore Le Troisième Homme, on distribue des chewing-gums, des cigarettes blondes; il y a les rationnements, le marché noir, les barrages... Les Américains ont même rapporté des trams rafistolés, de vieux Typ Z en provenance du Third Avenue Railway de Manhattan. Mais les rames ne sont pas adaptées aux Rings circulaires de Vienne... Trop lourdes, trop grandes, trop larges... Le soir, on les voit revenir péniblement vers les entrepôts, sans savoir si elles repartiront au petit jour.
Le couvre-feu est proche. Chacun rentre chez soi, emmitouflé, le pas pressant... Plus tard, dans la nuit, il y a des traces de rafales... Brèves, lumineuses, aveugles... Course-poursuite dont les échos s'éloignent vers le Danube... Seuls restent les yeux brillants d'une ombre blottie sous une porte cochère...
La lourde porte s'entrouvre sur une cour fleurie. Une fenêtre, encore allumée dans les étages, éclaire les pas furtifs qui se dirigent vers un petit escalier.
Au bout de quelques marches, il y a la sensation que tout l'immeuble au-dessus pourrait s'écrouler sans prévenir... Une porte en bois vermoulu, une allumette... L'air se fige... D'autres escaliers plus étroits, moins réguliers, prolongent la descente... Les catacombes de Stephansplatz.
C'est un autre monde où le temps ne pèse plus rien. Il y a peu, encore, on disait que des collabos s'y étaient réfugiés, avant de finir par se dévorer entre eux, jusqu'au dernier.
Les militaires y passent de temps en temps, mais leurs torches électriques n'en connaissent qu'une part infime...

  • Le courrier des auteurs : 20/04/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Louis-Stéphane Ulysse

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le désir

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Il veut la protéger mais qui la protègera de lui ?"

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
"When the man comes around" de Johnny Cash

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Mon plaisir à raconter une histoire