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Affichage des articles du janvier, 2010

TOUTES LES NOUVELLES / BLOG DE SHAKTI

Toutes les nouvelles de mon quartier intéressent le monde entier
de 
Louis-Stéphane Ulysse

Catégorie(s) : Littérature => Francophone
critiqué par Sahkti, le 24 novembre 2008 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 35 ans)
La note: 7 etoiles
Raconte-moi la vie

Il y a le narrateur et son quartier.
"Je vis dans une banlieue de New York, ça s'appelle Près-de-Paris et c'est en France. Le problème, c'est que les gens qui vivent ici se croient au centre du monde alors qu'ils sont précisément à l'endroit du trou de balle."

Il y a le narrateur et sa bande de copains. Mac le petit caïd qui passe son temps à piquer des trucs qu'il collectionne dans un garage. Wham la superbe prostituée qui rêve d'un monde meilleur. Faye l'Africain qui quitte son pays pour la France en y croyant dur comme fer mais rien ne marchera comme il faut.
Sandra la galériste qui leur promet la célébrité et aussi un peu l'amour.
Kadaf, surtout, le meilleur ami, celui des confidences et des tags nocturnes, compagnon de rêves un peu fous comme posséder une Ford Taunus ou vendre un tableau aussi cher qu'un Basquiat.

Il y a tout ce petit monde, il y a une cité, ni heureuse ni malheureuse, proche des gens et du quotidien. L'épicerie locale, les matches de basket, la vie qui s'étire au gré des jours.
Tout cela est raconté dans un langage très vivant, simple et oral, par Louis-Stéphane Ulysse. Rapidement, les personnages deviennent attachants dans leur maladresse et leur besoin de croquer la vie à pleines dents. Naïfs et lucides à la fois, ils emportent le lecteur dans leurs délires de manière touchante. La sensibilité de ce livre, son humour et le regard parfois désabusé qu'il porte sur toute une génération m'ont séduite. Bien plus efficace que de longs plaidoyers ministériels sur la banlieue.


LA FONDATION POPA / BLOG DE LAURE MICHEL


Blog Laure 1

Le prix du style, au Lup

Mercredi soir, 28 novembre, j’étais au Lup, le nouveau restaurant parisien pour noctambules, ouvert jusqu’à 5 heures du matin. Dans une ambiance feutrée était remis ce soir là le « Prix du style », un prix littéraire créé il y a trois ans par mon ami Antoine Buéno, un drôle d’oiseau, écrivain lui-même.
Antoine a écrit plusieurs romans dont les titres montrent bien que lui aussi ne manque pas de style. Je citerai par exemple : « L’amateurs de libérines » et « Le tryptique de l’asphyxie ». . Comme son nom l’indique clairement, ce prix récompense un roman pour sa qualité stylistique et celui qui a gagné le prix cette année s’appelle Louis Stéphane Ulysse et son roman « La fondation Poppa », publié aux éditions du Panama.
Donc ci-contre je pose avec Louis Stéphane Ulysse, et j’en profite pour signaler que si je suis sur toutes les photos, c’est parce que l’ami très proche qui a joué les photographes s’est un peu identifié au paparazzo italien Rino Barillari (je vous laisse trouver tous seuls qui est ce Barillari sur Internet et évaluer son talent comme photographe). Je n’ai pas lu son livre, mais Louis Stéphane Ulysse avait l’air sympathique.

Voilà comment son éditeur présente le livre :

Lorsque j'étais petit garçon, ma mère disait souvent qu'un homme devenait heureux à partir du moment où il perdait conscience de ce qu'il était. En ce sens, Metzler Popa peut donc aujourd'hui se considérer comme un homme parfaitement heureux puisqu'il ne se souvient strictement plus de rien... " Qui est vraiment Metzler Popa ? Le plus grand artiste de son siècle, un faussaire sans foi ni loi ou, plus simplement, un amnésique perdu dans son passé ? Fanfare mélancolique de personnages surréalistes aux blessures secrètes, La Fondation Popa, septième roman de L.-S Ulysse, est également une réflexion sur la création, la mémoire et la transmission. 

Le jury qui a remis ce prix était composé de gens connus, parmi lesquels Philippe Delerm et Macha Méril, que vous pouvez voir sur la photo ci-dessous. (la photo est assez mauvaise… mon ami photographe avait eu un problème de réglage avec son appareil… mais je la mets quand même pour vous montrer le côté « people » de cette soirée. ) 


LA MISSION DES FLAMMES / ZE BOOK


PODCAST "LA FONDATION POPA"

LA FONDATION POPA / STEPHANE BERTHOMET / LE MAGAZINE DES LIVRES

L’extraordinaire monsieur Popa.

« La Fondation Popa » Louis-Stéphane Ulysse - Editions Panama

La surprise vient parfois d’où on ne l’attend pas. Louis Stéphane Ulysse, est un auteur à géométrie variable, puisqu’entre deux romans, il écrit pour le cinéma ou crée des contes pour enfants à la radio. L’homme aime désorienter son monde. Avec son dernier roman « La Fondation Popa » c’est à nouveau chose faite, puisqu’il s’invente un style nouveau, une écriture fraiche, renouvelée, et très différente de ce qu’il avait écrit à ses débuts comme « Soleil sale » ou « La mission des flammes », des romans sombres à l’écriture rugueuse et violente. C’est avec un style élégant, que L-S. Ulysse joue en épaisseur et en profondeur dans son récit, et nous donne toute la mesure de son talent. Ce septième ouvrage emprunt d’une grande poésie, s’attache avec talent à décrire la psychologie de ses personnages, parfois très surréalistes, puisqu’on y croise, pèle mêle au détour des pages, madame Pompidou, Karl Lagerfeld, Buddy Holly, ou encore Charles Trenet. Au milieu de ce petit monde extraordinaire, Metzler Popa, le héros du roman, est un homme qui a perdu la mémoire et ne sait plus qui il est, ni même à quoi il sert. « Lorsque j’étais petit garçon, ma mère disait souvent qu’un homme devenait heureux à partir du moment où il perdait conscience de ce qu’il était. En ce sens, Metzler Popa peut aujourd’hui se considérer comme un homme parfaitement heureux puisqu’il ne se souvient strictement plus de rien ».Entre poésie et surréalisme, la « Fondation Popa » entraîne le lecteur dans un univers surprenant et émouvant, et le pousse à s’interroger sur la place et l’importance de l’art dans la vie, et sur la nature parfois absurde de la notion de création.

Stéphane Berthomet.

LA FONDATION POPA / STEPHANE BERTHOMET / LE MAGAZINE DES LIVRES

Interview « Garde à Vue  littéraire»


Un acteur du monde de l’édition est interviewé sans détours sur ses « activités » littéraires… Ce mois-ci, nous convoquons au lieu dit «le Bar du Marché » à Paris 6ème, le nommé Louis-Stéphane Ulysse, auteur, qui s’apprête à commettre son septième roman, « La Fondation Popa », à paraître ce mois aux éditions Panama.
Jeans, pull et Nike (d’époque) aux pieds, notre homme se présente à l’heure convenue. Sans plus attendre, nous commençons son interrogatoire littéraire…


1/ Déclinez votre nom, prénom, âge et profession.
La notion d’identité, quand on écrit, est très floue. « Je suis dans ce que j’écris » mais « Je ne suis pas ce que j’écris ». C’est Alexandre Jodorovsky qui raconte que, quand il écrit, il ne reconnaît pas ses mots, alors il finit par les questionner : « Qui est-ce qui écrit ? C’est moi ? » et les mots lui répondent : « Non, c’est une voix. » J’aime bien cette définition.


2/ D’après nos fichiers, vous exercez de nombreuses activités, pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?
J’écris en fonction des supports. J’aime bien travailler aussi avec les autres pour partager, pour échanger ; cela peut aller de collaborations pour le cinéma, comme avec Thierry Jousse ou Jérôme Boivin, le réalisateur de « Baxter », à aider le footballeur Jacques Glassman à raconter son histoire, ou écrire des sketchs pour un comique ou, encore, et avoir envie de faire un livre musical avec Jerry Dammers, le fondateur des « Spécials » et du label « 2-Tone ». En France, on ne comprend pas toujours bien qu’on puisse fonctionner comme ça,  le retour sur mon travail n’est pas toujours évident, j’avance « sans filet ». Pourtant, c’est un principe admis en musique. Un guitariste comme Chris Speeding fait des albums assez confidentiels, accompagne Bryan Ferry tout en produisant les premières maquettes des Cramps… Ce type de fonctionnement permet de ne pas être sur soi mais sur son travail.


3/ Vous avez été clairement identifié comme étant un auteur multirécidiviste, pouvez-vous nous parler de ce que vous avez commis à ce jour ?
Pour moi, un livre que j’ai écrit, c’est comme une étoile : je sais qu’elle existe mais elle ne vibre plus pour moi. Elle se ballade quelque part et si des gens peuvent la voir, la capter, c’est bien. La magie de l’écriture, c’est son rapport au temps : comment des livres écrits bien avant vous finissent par vous toucher aujourd’hui, là où vous êtes… Je n’ai pas de livres de moi là où je vis ; quand je veux en donner un, je le commande sur internet.


4/ Vos relations avec le « milieu » littéraire ne semblent pas avoir été toujours simples, pourquoi avoir changé aussi souvent d’éditeur ?
Je m’adapte à mes projets. À chaque fois, il y a une remise en cause même si ce n’est pas très confortable ; je fais avec la place qu’on me donne. Après, il y a les rencontres, le fait de travailler dans la même direction, dans le même temps. « La Fondation Popa »,n’aurait pas la même valeur sans le travail de Jaques Binsztok et de l’équipe de Panama.


5/ Vous avez fait partie de la nouvelle génération d’auteurs, comme Virginie Despentes, qui ont connus leurs premiers succès dans les années 1990, parlez nous aujourd’hui de vos anciens complices…
C’était plutôt à la fin des années 90… Je vois ça plus comme une nouvelle génération d’éditeurs que d’auteurs. Marion Mazauric a ouvert le marché du poche chez J’ai lu à des auteurs qui n’y auraient pas accédé aussi facilement sans cela. Elle validait le travail en amont d’un éditeur comme Florent Massot d’où nous venions avec Virginie. Dans la première vague, il y avait également Vincent Ravalec, Claire Frédéric, Michel Houellebecq et éric Holder. La brèche créer par Marion Mazauric a permis d’éclairer de petites structures comme Le Dilettante ou les éditions Michalon…


6/ Vous êtes l’auteur d’un ouvrage intitulé « La Fondation Popa », pourquoi ce livre au titre énigmatique, et que pouvez-vous nous en dire en quelques mots ?
C’est un texte sur la création, la filiation, la transmission, « Qu’est-ce que l’on donne », « Qu’est-ce qu’on laisse », avec des personnages qui font comme ils peuvent avec ça. « Que fait-on de l’art dans nos vies ? », « Est-ce que cela peut encore aider quelqu’un ? », Ce livre ne raconte pas l’histoire d’une personne mais de plusieurs vies qui se cherchent un même ciel.


L’intéressé ayant répondu à nos interrogations, nous lui notifions qu’il est mis fin à sa « garde à vue littéraire », et qu’il se trouve à nouveau libre d’aller et venir en littérature.





LA FONDATION POPA / YANNICK BOURG / STRICTEMENT CONFIDENTIEL

" La Fondation Popa " de L.-S. Ulysse 


La couverture est plaisante, c'est un bon point. Tous ces petits ronds orange sur quoi les lettres qui dansent devant les yeux viennent se poser changent de l'ordinaire. La trame du bleu du titre n'est peut-être pas assez soutenue à mon goût, mais c'est un détail. Globalement, l'objet donne envie, et, ce qui ne gâche rien, il est très agréable au toucher, du soyeux qu'on va retrouver dans les phrases à l'intérieur. Discutez avec des pros du livre (je ne parle pas des écrivains, cette quantité négligeable) et tous s'accorderont pour dire l'importance d'une bonne couverture, d'après eux, près de la moitié des achats en dépendraient. Pourtant lorsque je regarde les livres chez mon libraire, la qualité graphique d'ensemble laisse à désirer. Et j'objecterai que ce n'est pas sur la couverture des "Bienveillantes "que les lecteurs ont pu s'extasier; la Blanche de Gallimard, dans le genre mou du cul classieux, bourgeois d'avant la 2ème Guerre Mondiale, elle se pose un peu là. Je pourrais faire tout un topo grisant sur le graphisme des couvertures, mais là n'est pas mon propos, aujourd'hui ce qui m'occupe c'est le septième livre de L.-S. Ulysse, déjà. Je pourrais aussi vous en raconter des vertes et des pas mûres sur cet homme, mais qu'il se rassure, je resterai muet. L.-S. Ulysse est un ami. Vous voilà prévenus. L.-S. Ulysse est son vrai nom, ce n'est pas un pseudo, avec un pareil patronyme, il n'en a pas besoin. Reste à savoir si avec un nom pareil, il a écrit un vrai livre.D'emblée, la dédicace à Jonathan Richman me touche. C'est une des nos passions communes (avec Bruce Joyner). Dans le prologue apparait Charles Trenet, ainsi qu'une de ses chansons enregistrées lors d'un passage à Buenos Aires. Le chanteur cite le fameux peintre Metzler Popa. Autour de Popa, tout le roman oscillera entre réalité et fiction, sur un mince fil souvent délirant. Sur 92 chapitres, composés de courts paragraphes, Ulysse va brouiller les pistes, dissoudre les certitudes, réinventer la vie. Il construit un monde parallèle, où on s'amuserait, avec le sérieux des enfants, à dire: " il paraitrait que Buddy Holly n'est pas mort, il paraitrait que la meilleure équipe de foot au monde c'est Metzler Popa qui l'a composée... "On croisera John Ford, Truffaut, Yma Sumac, Goodis, Leadbelly, Tony Curtis, et beaucoup d'autres. Ulysse use de son érudition mais ce n'est jamais de la poudre aux yeux, il y a une cohérence derrière ses choix, et les ombres inquiétantes du monde passent à l'arrière-plan, mais elles sont là («le sinistre car d'Emile Louis »), et on perçoit l'écho d'une drôle de France.
Aux côtés de Popa, qui a perdu la mémoire pendant 38 chapitres (l'intrigue, dirons-nous), se tient Mme Pompidou, amie, confidente. Elle va tout faire pour l'aider à la retrouver. Mme Pompidou disserte sur l'art d'écrire et de raconter, elle pense, avant de s'endormir, à la mémoire de l'art, et elle a des répliques qui font mouche: « Et n'en profitez pas pour marcher sur les pelouses! Elles sont interdites même aux biographes! » Mme Pompidou veille sur la Fondation Popa, qui accueille des artistes, comme Raymond Lemerle, fondateur de l'Internationale Céleste, qui cite Bob Dylan et qui veut déjouer les plans d'infiltration des nazis dans l'art contemporain ( j'ai cru reconnaître Isodore Isou, mais je peux me planter, et puis ça m'étonnerait qu'Isou cite Dylan, mais sait-on jamais, Ulysse joue là-dessus, toujours ), ou ces Chiliens affamés qui seront chassés de la résidence ( on rit beaucoup à ce passage ).
A la Fondation, un jardinier peut découvrir une lettre dans une bouteille. La lettre du clone d'un résident, mais on en saura pas davantage. Parallèlement à la quête de Popa se déroulent les petites histoires de personnages attachants, qui s'insèrent dans la trame générale: le magicien dont la vie bascule après une exhibition à la Fondation, le banquier " à ventre de bouée ", heureux acquéreur de la dernière œuvre de Popa ( un canapé orange ), Metzler XXIII, l'imposteur, la dame de la gare de Nice, Axelle, Jocko...Au chapitre 40, Popa commence à pleinement se souvenir. Il a été placé à la MRAD, la Maison de repos pour les artistes dérangés. Au chapitre 47, il est guéri. Entre les deux est inséré un poème sur Oswaldo Dandru, footballeur qui a tué sa femme à coups de hache, mais est-ce vrai? Je ne me souviens d'aucun joueur s'appelant Dandru, mais ma mémoire ressemble à celle de Popa.
Quelques comptes seront réglés au chapitre 56. Ulysse critique finement l'impuissance créatrice (on l'aura compris) et ce qu'il appelle "s'autoriser à être vide ". Auparavant, la fille illégitime de Popa et de sa seconde épouse (il en a épuisé sept), aura fait une irruption spectaculaire. Je ne dévoilerai pas de quel engin elle use, mais ça en jette.
Enfin Popa remonte aux sources de sa créativité, et Ulysse réserve quelques surprises avant de faire défiler toutes les vies encore à vivre des personnages qu'on a aimés dans " La Fondation Popa ".
Il y a beaucoup d'Ulysse dans ce roman, mais je ne dirai pas quoi, parce qu'il a tout filtré, tout passé au tamis de l'imagination; et la sienne est grande et il lui fait confiance, et il a raison. A présent, que vous preniez pour argent comptant ou pas ce qui précède, peu m'importe, car je sais qu'à la fin de ma vie, ou avant, si je dois séjourner à la Fondation Popa ou, plus certainement, à la MRAD, je tiens à l'être en compagnie de L.-S. Ulysse. Je suis certain que nos conversations auront de la tenue, qu'il y aura du cœur et des idées et qu'ensemble on ne s'ennuiera pas.
" La Fondation Popa ", L.-S. Ulysse, Editions Panama, 17 euros.


Yannick Bourg 

SOLEIL SALE

" Arto rêve d'un tas de trucs chouettes, qui pourraient arriver n'importe quand, de projecteurs rivés sur lui, qui le réchaufferaient. La tête ailleurs, de grands projets. Rien ne se passe, et il n'en démord pas, reste accroché, son monde à lui... descend progressivement, s'obstine, ne veut pas freiner. C'est un bouquin bien glauque... réalité sordide, désir cru, faux échanges, mauvais semblants,. Abandon de soi, ce truc du vide... Quand ça descend de plus en plus crade, s'en remettre à de sales sirènes, ne pas savoir prendre soin de soi. " 


Virginie DESPENTES 


" Une aventure qui pue le sexe, le sang et la mort... Louis Stéphane Ulysse signe ici un premier roman nerveux et brutal. Il décrit avec une distance toute clinique les étapes d'un terrible engrenage et d'un réveil sans retour. Soleil sale, premier volet d'une trilogie sur la communication moderne, sonne la fin de l'illusion communautaire ". 


Philippe ROIZES

TOUTES LES NOUVELLES DE MON QUARTIER INTERESSENT LE MONDE ENTIER / BLOG DE NANDO


Alors, voilà… c'est un jour la France

Alors, voilà… c'est un jour, un journaliste qui se débrouille pour poser des questions au Prophète tout-puissant en personne. Mon Dieu, mes amis, vous vous rendez compte ! Silence.
Il monte aux cieux et là, c'est vraiment magnifique, n'est-ce pas, c'est un escalator céleste qui part d'un endroit de la terre, un endroit qu'il a découvert en plein désert, après le passage d'un cyclone. Oui, mes amis, c'est un escalator lumineux et doux qui part de derrière un gros nuage blanc ! Comme je vous le dis ! C'est comme l'escalator des Galeries Lafayette: à chaque palier, il y a des robes, de beaux vêtements, tout ce qu'on rêve d'acheter, des tissus, de beaux tissus, des velours, des tulles, des couleurs magnifiques, et encore de belles télés, des machines à laver toutes neuves ! Et il y a aussi des gens comme vous et moi qui viennent pour regarder !
À chaque palier céleste, il y a des vies, de bien belles vies, des illustres, des anonymes, et, pour le compte, tout cela est vraiment saisissant. Et lorsque le journaliste arrive sous la voûte étoilée, juste avant de rencontrer le Prophète, il est vraiment très très ému, si bien qu'il ne sait plus par quelle question commencer.
Oh, bien sûr, il aimerait évoquer présentement l'injustice accumulée sur terre à travers les siècles, la haine, la misère, la famine, et toutes les petites méchancetés qui empoisonnent nos vies à nous tous…
Comme chacun sait, notre prophète est vraiment très gentil. Il accueille le journaliste à bras ouverts et, rapidement, tous deux en viennent à évoquer la situation du monde, sa bonne et sa mauvaise marche comme son avenir, en buvant du thé. Ils regardent le paysage comme on le verrait de la lune par exemple et, à un moment, la France passe sous leurs pieds… Alors le journaliste ne peut s'empêcher de demander:
— Mais quand même, après tout ce que vous venez de m'expliquer, il y a quelque chose que je saisi pas…
— Demandez, mon fils, demandez…
— Voilà, je vois cette petite tache, là-bas, sous nos pieds, ce petit pays qu'appelle la France, cette jolie petite lumière, et je vois les autres pays qui l'entourent…
— Et alors ?
— Et bien, justement ! Ils sont très bien tous les pays qu'on a vu tout à l'heure, certains sont même très jolis… Mais, tout de même…
— Tout de même quoi ?
— Eh bien, ils n'ont pas ce « je-ne-sais-quoi », ce « petit quelque chose » de si français et de si plaisant et qu'on ne trouve pas ailleurs !
— Ah bon ?
— Mais oui, tenez, par exemple, rien que sa géographie, voyez-vous. Eh bien la France, elle a des montagnes, des vaches, des vallées, un climat bien doux et bien tempéré de partout, il pleut régulièrement, il y a la mer si jolie et les grandes villes si magnifiques, la neige, les autos et les cinémas, les belles femmes et les monuments historiques, les gens ont de l'instruction…
— Et après ?
— Non, mais ne le prenez pas mal… je pense que, quand même, par rapport à d'autres pays…
— Je vous écoute…
— Eh bien, il y a des pays qui ne sont 
que des montagnes, d'autres qui ne sont que du sable, que du soleil, que de la famine, que de la poussière et…
— Et ?
— Eh bien, voilà, je pensais que, quand même, il y avait, en ce sens, sans doute une certaine injustice…
— Vous dites ?
— Oui, parce que ce pays a tout et tellement d'autres pays aimeraient tellement avoir de ce quelque chose !
Et alors là, le prophète se gratte la barbe. Il regarde ses ongles soignés, marque un temps, avant de répondre blasé :
— C'est assez vrai, mon fils, on ne peut le voir comme ça… S'il y avait rien d'autre dans ce pays que ses propres paysages, que sa seule géographie sans personne à l'intérieur, il y aurait là une terrible injustice. Et c'est pour cette raison que j'ai installé le peuple français par souci d'équité ! Les Françaises et les Français ! Vous voyez ce que je veux dire ? La tribu française dans toute sa splendeur !
Extrait du roman « Toutes les nouvelles de mon quartier intéressent le monde entier » de Louis-Stéphane Ulysse. Copyright Éditions Michalon, Paris.
Le personnage qui raconte cette blague philosophique est un immigré africain qui vient tenter sa chance dans une banlieue de France des années 80. Naturellement il est vite désenchanté.

LES INVISIBLES / JEAN-LUC DOUIN / LE MONDE

On n'épuisera pas ici tous les échos suscités par le scénario de Thierry Jousse, Louis-Stéphane Ulysse et Camille Taboulay. Rien de gratuit dans cet écheveau complexe où le musicien ressort un vieux téléphone de son placard pour ne pas rompre le fil avec Lisa. Où il se rend compte, après une nuit passée avec une 
autre adepte du sexe à l'aveugle, qu'il fût cobaye d'une romancière en mal d'inspiration. Et où l'insistante ritournelle de Pierre et le loup souligne ce que sa poursuite de la voix d'une âme soeur doit à l'enfance.
Pour ce qui est du message des Invisibles, on retiendra la belle idée d'une émotion vouée à surgir du noir (le propre du cinéma) et qui ne conserve son innocence qu'en flattant l'oreille. L'amour serait d'abord affaire d'écoute et de murmures. Pour ce qui est de la mise en scène, Jousse a aussi un regard. Ses 
cadrages ne dévoilant les corps que par fragments prouvent son souci de filtrer le visible.


Film français de Thierry Jousse avec Laurent Lucas, Margot Abascal, Lio, Michael 
Lonsdale. (1 h 25.)

DE MINUIT A MINUIT / NOOSFERE

Dans ce recueil paru aux éditions "Fleuve Noir" en 2000,   Daniel Conrad a rassemblé vingt-sept nouvelles rédigées par   des auteurs très différents autour du thème de l'angoisse, et   plus généralement de la part d'ombre enfouie au fond de   l'esprit de chaque personne. Cet eccléctisme est remarquable   et montre la capacité d'ouverture du genre fantastique ou   sombre. On y trouve donc, par ordre d’entrée en scène : "Les défouisseurs" de Jean-Michel   Calvez renoue avec l'horreur gothique, "Somnambulisme", de   Pascal Françaix propose une terreur cauchemardesque, "La Loi   du Marché" montre l'horreur économique, par Jérôme Leroy, "My   mother told me monsters do not exist", écrite par Marie   Darrieusecq, est une variation étrange et originale autour   d'un thème classique du genre, "Lunes rouges", par   Jean-Jacques Nguyen, inquiète, "Les nuits samouraïs", par G.J   Arnaud, ne m'ont pas convaincu "Angie mon ange" (Un mythe   moderne), par Francis Valéry, non plus. Des "Petites   mécaniques nocturnes ponctuées de fines rythmiques argentées",   par Louis-Stéphane Ulysse, sont très intéressantes, "le Temps   de la douleur", par Philippe Curval, n'est pas mal, "Où vont   les histoires qui ne sont pas racontées ?", par Pierre Pelot,   est assez amusant, "La métamorphose du têtard", par Florence   Bouhier manque de force, "Tout le plaisir est pour moi", par   Pierre Siniac, est plus intense, "Le Syndrome de   Bahrengenstein", par Michel Pagel, montre un cas intéressant,   "La nuit de l'éclipse", par Jean-Bernard Pouy, est une   variation classique d'un vieux thème du genre. On débarque sur   une île mystérieuse, trouvée après moultes explorations par Vincent Ravalec, Haine éternelle, par Béatrice Nicodème. Le   noeud cajun est dénoué par Mélanie Fazi, on se retrouve Aux   abois, à cause de Jean-Daniel Brèque, on apprend Où vivent les   trolls gràce à Stéphanie Benson, on découvreLa petite fille   qui bâtissait des villes, par Olivier Ka, on se découvre Si   nombreux !, par Jean-Pierre Andrevon, Bibliophagie, par   Jean-Michel Blatrier, on contemple Le Diable et Dolorès avec   Martin Winckler, on finit en...     

DE L'AUTRE COTE DE LA BAIE / ALFRED EIBEL / VALEURS ACTUELLES

De l’autre côté de la baie  de Louis-Stéphane Ulysse   


Dans cette suite de mouvements lyriques, il est question de liberté   et de jeunesse. Comment vivre libre sans se soumettre à une   quelconque autorité ? Le temps nous vieillit en même temps qu’il   oublie nos rêves les plus fous. Avec ses complices, Madj est un   fuyard lesté d’un butin substantiel, hanté par des souvenirs de   vacances et par la brutalité de ses amis d’un jour qui ont participé   à l’attaque de la banque. Réfugié à Saint-Nazaire, il passe son   temps à faire l’inventaire de ses multiples sensations, bercé par la   voix suave de Nat King Cole et les chansons de Charles Trenet. Le   cri strident d’Yma Sumac le poursuit lorsqu’il arrive au Mexique,   accroché à ses songes. Roman des regrets éternels baignés de larmes,   roman d’une vie perdue d’avance.     


Calmann-Lévy, 166 pages, 13 e.       

SOLEIL SALE / VIRGINIE DESPENTES

— Les autres auteurs que tu estimes actuellement.  
— Lorette Nobécourt, Mehdi Belhaj Kacem, Louis-Stéphane Ulysse... mais bon finalement ceux qui écrivent le mieux d'entre-nous, ce sont N.T.M. ! Ils ne sont pas vraiment du genre à chercher à plaire ou à faire comme il faut. Pas vraiment obéissants... Les bouquins c’est bien, mais c’est peut-être pas ce qu’il y a de plus excitant. En France, de surcroît, il faut toujours être “classe” alors qu’en Angleterre ça déraille un peu plus. Blablabla, blablabla et l’on oublie un peu de faire les choses cash comme on devrait les faire.       



Mon tout premier partner ici c'est Florent, puisqu'il a fait le livre et que tout part de là. Pendant longtemps ça a été un jeu, Florent disait "je veux jouer à être éditeur" et moi "je veux jouer à être auteur chez toi". Maintenant c'est devenu plus "big bizness", mais on garde encore la bonne piste : il faut penser à faire des blagues. Sinon je partenarise bien avec les deux qui sont publiés en même temps que "Les chiennes" : Louis-Stéphane Ulysse "Soleil sale" et insp. Space "Hémophiles à Retordre", on fait des mélanges de projets, on demande des audiences à Florent quand on est pas contents, on se retrouve facilement en fait. Sinon…   

(Virginie Despentes)

LES INVISIBLES / THIERRY JOUSSE


Filmer l'obsession

Le projet est venu de deux idées qui se sont agrégées. D'un côté, un musicien à la recherche de sons, de voix et des bruits de la ville pour les retraiter en musique électronique. De l'autre, la rencontre entre un homme et une femme au téléphone sur un réseau, puis dans une chambre obscure. J'ai mixé les deux pour faire une fable sur un personnage à la recherche d'une voix de femme et dont la quête se matérialise en un morceau de musique. Les Invisibles est l'histoire d'une obsession à la fois amoureuse et musicale. La création se nourrit souterrainement de choses un peu clandestines ou obscures. J'avais aussi envie de montrer cet "envers du décor".
Filmer la musique 
Ma motivation à filmer des musiciens vient sans doute de ma frustration de ne pas en avoir été un moi-même. J'avais déjà filmé des musiciens dans mes courts métrages Le Jour de Noël et Nom de code : Sacha. Ici, il s'agissait d'autre chose : non pas les filmer dans le travail mais essayer de montrer comment un musicien élabore son rapport au monde à travers le son. Montrer le processus d'élaboration d'un morceau musical a déjà été fait en documentaire mais j'avais envie de l'intégrer dans une fiction. Ce que j'avais déjà commencé à faire dans Le Jour de Noël, qui était encore largement documentaire puisque je filmais de vrais musiciens. Dans Les Invisibles, j'avais besoin d'un acteur professionnel. Laurent Lucas est l'un des rares acteurs français qui puisse incarner un musicien comme Bruno. Il peut jouer facilement les solitaires. Même s'il est seul à l'écran, il se passe toujours quelque chose. Et son physique évoque très facilement des personnages "travaillés" par leurs obsessions. Je savais que la présence d'un vrai musicien à ses côtés crédibiliserait le personnage. J'ai fait appel a Noël Akchoté, que j'avais déjà filmé dans Le Jour de Noël. Il a appris à Laurent Lucas les gestes basiques de la musique électronique. De son côté, Laurent l'a aidé à se mettre dans la peau d'un comédien.
Mettre en scène le son 
Noël était mon complice musical sur le film et il a joué un rôle à toutes les étapes. En amont, il m'a aidé à concevoir le paysage sonore du film, sur lequel allait s'élaborer le récit. Au tournage, il a inventé certaines scènes qui ne pouvaient émaner que d'un musicien - par exemple la scène où Bruno prend des sons dans le parc ou quand il fait des larsen chez lui - et que je n'ai eu aucun problème à accueillir au sein du film. Dans ces instants-là, je retrouvais cet état d'improvisation que j'avais expérimenté dans mes courts métrages. Les scènes sonores sont des moments de liberté qui ont servi à structurer le montage. Elles ne sont pas illustratives mais organiques au film et au récit. Noël a également été très présent au montage son et au mixage. Ce film demandait obligatoirement de travailler ensemble le son et la musique, de fondre les sources musicales et des sources sonores plus classiques. Noël a été l'un des architectes de cette entreprise avec Andrew Sharpley, formidable musicien électronique anglais qui vit à Paris. Les Américains David Grubbs et le duo Matmos ont également participé à la bande originale du film. Avec le temps, je me suis aperçu que mon rapport au cinéma passait beaucoup par le son, le grain de voix des acteurs. Je tenais vraiment à ce que la mise en scène s'élabore par le biais du matériau sonore. D'où le choix du téléphone et non pas d'Internet pour faire se rencontrer Lisa et Bruno. Leurs "rencontres à l'aveugle" sont propices à une fantasmatique sonore, à une rêverie autour de la voix et du son, voire à une obsession puisque Bruno enregistre le son de ces nuits.
L'onirisme 
Le réseau permettait ce mélange de réalisme et de fantastique. Les gens qu'on y rencontre sont à la fois réels et pas réels. C'est comme passer " de l'autre côté du miroir ". Louis-Stéphane Ulysse a joué un rôle important dans la constitution de cet univers. J'avais envie de mixer une certaine tradition du cinéma français, filmant la parole, les sentiments, la sexualité... avec une stylisation fantastique plus anglo-saxonne. Mais au bout du compte, ce mélange finit par redonner un film français... Les glissements oniriques ressemblent plus à du Cocteau qu'à du Lynch. Même si j'ai davantage pensé à Lynch et que je n'aime pas beaucoup Cocteau !

DE L'INFLUENCE DU PLAN VIGIPIRATE SUR LE CONCERT DE JOHN CALE, LE MARDI 10 DECEMBRE, à 20 H, AU BATACLAN... / LE CHRONIQUEUR

Première publication : mensuel "Le Chroniqueur"

(janvier 97)


«Il faut beaucoup de cadavres pour ériger une légende» 

Franck D. Bonice.








MARDI dix décembre mille neuf cent quatre-vingt-seize à Paris : il commence à faire froid depuis quelques jours et le ciel s'assombrit un peu après dix-sept heure. 
Ici, dans les rues, toutes les poubelles sont scellées. Jacques Attali exprime ses réserves quant à la série « X-files » dans un hebdomadaire de programmes télé. Virginie me dit qu'Hassan ne supporte plus les contrôles d'identités.
Hier soir, avec Nora, nous avons dîné chez Yannick et Emmanuelle. Nous avons parlé de Jeffrey Lee Pearce, d'Hasil Hadkins, de Screamin' Jay Hawkins et Yannick m'a fait découvrir Henry Williams. Nous avons encore parlé de Bruce Joyner, de la couverture de pochette de « Sweat Georgia night » qui ressemble à un tableau d'Edward Hoper, de ses rencontres avec les Cramps et Jean-Patrick Manchette, de l'expo de Nora, de nos livres, d'Assassin, de NTM, de nos projets, de notre désir à vivre ailleurs qu'à Paris... et du concert de John Cale auquel Yannick n'irait sans doute pas.
En rentrant, il y avait plusieurs messages sur le répondeur : Florent pour une histoire de contrat, Sophie qui déclinait l'invitation pour le concert de John Cale, Didier et Angélo, Virginie, catastrophée, pour me dire qu'Hassan avait pris la résolution de se laisser pousser la barbe, Patrick, enfin, pour me dire de le rappeler si je voulais lui racheter ses places pour le concert de John Cale.
Une partie de la nuit, j'ai lu un long article consacré à Jonathan Richman, puis un autre sur Richard Brautigan. Et j'ai travaillé un peu sur mon prochain roman.
Le lendemain matin, Nora m'a réveillé avant de partir à son atelier. J'ai relu ce que j'avais écrit dans la nuit. J'ai repensé à l'article consacré à Brautigan et j'ai eu une sale impression, un drôle de doute... Pourquoi est-ce que j'écris...
Etienne a appelé en se faisant passer pour Pascal Sevran, Didier m'a dit qu'il ne viendrait finalement pas à Paris pour le concert de John Cale, Virginie, en larmes, m'a expliqué qu'Hassan ne voulait plus sortir sans une énorme valise noire cadenassée, ma mère s'est plaint de Toulouse-Lautrec, son Fox, et de ses troubles priapiques, Etienne m'a rappelé avec la voix de Claude François pour me dire qu'une société de production songeait à adapter mon dernier roman en sitcom pour la Six...
J'ai décroché mon téléphone pour le reste de la journée. Et j'ai travaillé un peu sur mon prochain roman. J'ai fait une pause et je suis sorti faire quelques courses.
J'ai croisé Lydie au super-marché. J'ai préféré prendre les devants : « Je ne pense pas que je pourrais aller au concert de John Cale, ce soir... » Et je me suis dépêché de m'éloigner pour ne pas entendre sa réponse. Au bout d'un moment, je me suis retourné et Lydie me regardait bouche-bée, immobile à l'autre bout de l'allée, un chariot vide à ses côtés.
J'ai arrêté de travailler un peu à mon prochain roman en fin d'après-midi. J'ai feuilleté Libé, deux colonnes sur le concert de ce soir, pas une de plus.
J'ai rebranché le téléphone, enclenché le répondeur, et je suis descendu à pied jusqu'au Bataclan. Déjà plus que quelques silhouettes frileuses sur le boulevard, dans la nuit. Et la buée sortait de nos bouches comme un feu de reconnaissance entre-nous... « Inutile, les gars, j'ai compris : vous non plus, vous n'irez pas au concert de John Cale, ce soir... je sais, ce n'est pas de la mauvaise volonté de votre part, mais vous vous êtes souvenus de quelque chose d'urgent, de quelque chose d'extrêmement important à faire au dernier moment... »
J'attends Nora devant l'entrée. Je vois Ingrid et David. J'aperçois Alain, plus loin... Et puis, je tombe sur Hector... C'était il y a plus de dix ans, Hector jouait de la guitare dans notre groupe... pas vraiment revu depuis, pas vraiment changé non-plus. Plusieurs fois, des amis communs m'ont donné de ses nouvelles : pas vraiment rassurantes... Hector s'exerçant la voix en marchant sur une bretelle d'autoroute, Hector parlant aux pigeons, Hector déclamant des vers de sa composition, debout sur le comptoir d'un bar gay...
Comme avant, je l'écoute sans comprendre ce qu'il me dit ; je me souviens simplement d'un Paris-Dijon qu'il a parcouru à vélo dans l'hiver, pour assister à un concert de Lou Reed... est-ce qu'il recommencerait aujourd'hui...
Tandis qu'Hector me parle de ses démêlées avec sa mère, j'entends la batterie du groupe de première partie dans le lointain.
« Baader Meinhof ». Le nom ne me donne pas envie d'en savoir plus. A l'inverse des séances de ciné, où je me sens floué lorsque je ne vois pas la pub, je n'aime pas les premières parties de concert, ou alors très courtes et le plus anonyme possible. Je crois que j'ai mauvais caractère, dans le fond.
Il y a des choses qu'on s'imagine mal et d'autres auxquelles on ne pense même pas. Demander deux places pour un concert de rock de la part du journal « le Figaro » fait partie de ces choses-là. Ce n'est pas tant une histoire de valeur, de bien ou de mal, simplement ça ne viendrait pas à l'idée... Pas plus qu'à l'attachée de presse d'ailleurs, qui ne voit mon nom sur aucune de ses listes.
Le temps passé et l'énergie déployée pour obtenir un billet à l'oeil : c'est à ce genre de détails qu'on reconnaît l'importance d'un concert, sa nécessité et son urgence. Quelques mots sans jouer des coudes, une attente calme, longue comme une cigarette, et nous sommes dans la salle.
Il y a environ trois à quatre cent personnes... des trentenaires, des quadras, des survivants, des gens qui sortent du bureau et le premier étage du Bataclan qui reste fermé. 
Je croise Romana. Pleine de bonne volonté, elle me brief comme elle peut sur « Baader Meinhof » formé par l'ancien chanteur des Auteurs. Je n'enregistre pas, tout ça est rangé dans un grenier, au fond de moi... Et je n'ai pas envie d'aller le chercher maintenant. Elle dit aussi « Gun Club » et « Violent femmes ». Qu'est-il arrivé à Jeffrey Lee Pearce, comment peut-on aller comme ça... Et Richard Brautigan... Et Sterling Morisson...
Au bar, les bières coûtent trente francs. Balayage panoramique, nous sommes tous des blasés, des inquiets fatigués avec des impôts à payer et d'autres bombes qui vont exploser. Sur la gauche, près de l'entrée, il y a deux tables avec deux filles assises derrière, du papier crépon rouge sur le mur et le tee-shirt noir de la tournée « Walking on Locusts » exposé recto-verso, à vendre pour quatre-vingt-cinq francs. Il n'y a pas ici d'autre électricité que celle qui file sur les amplis.
Un type déboule sur scène pour nous demander de ne pas fumer. Une dizaine de cigarettes s'allument dans l'instant qui suit. C'est à genre de détails qu'on reconnaît qu'on est à Paris.
Enfin le noir complet, les premiers accords. Il est là, le grand garçon digne de bientôt soixante ans, l'autre tête du Velvet, devant nous, la tenue décontractée, la voix posée.
Noyau dur devant la scène, guitariste parfait, batterie bien sèche, sono trop forte mais Nora me dit que non... C'est vrai que je ne suis plus habitué.
Rien ne se passe.
C'est ça : c'était bien, très bien, mais rien ne s'est passé.
Les morceaux s'enchaînent, tout est en place mais John Cale n'est pas à sa place. Il lui faudrait juste un piano, le Théâtre des Champs-Elysées, et des fauteuils rouges pour tout le monde. Il chante pour lui, et déplie le catalogue de chansons du dernier album appuyé par des musiciens qui assurent sans états d'âme.
Il y a un trop grand décalage entre leur temps et le nôtre, nous ne sommes pas dans le même lieu, il manque le lien avec notre réalité, une base commune, un point de départ. Pas de déclin, pas de pathétique, un simple refus de charisme et de gratuité... Et lui, pourquoi est-ce qu'il chante...
Trop timide ou trop respectueux du public, peut-être trop honnête, un peu comme l'endroit même : aéré, agréable, mais avec une scène privée de largeur.
En faisant les cent pas, je manque de chuter sur Hector, avachi sur le sol, écroulé, noyé par la musique.
En fait, John Cale est le voisin de palier idéal, le type avec qui on rêve de discuter sans voir le temps passer. On pourrait l'écouter des heures sur Warhol, La Factory, Lou Reed, Edie Sedgwick, tout en fouillant sans vergogne dans sa monstrueuse discothèque. En insistant bien, je suis même sûr qu'on arriverait à le brancher pour produire le groupe du petit cousin qui redouble sa troisième. John est un érudit bienveillant aspiré par des démons qui nous échappent.
Mince, tout de même, Cale a la classe mais, mince encore, ça ne l'intéresse pas de nous le prouver. Ce qui lui manque, en vérité, c'est un petit truc mastif d'un mètre-cinquante les bras levés, un petit truc teigneux et insolent, à la mauvaise foi congénitale qui gonfle tout le monde très vite, un petit truc qui vit à New-York et qui s'appelle Lou Reed. Mais voilà, il y a trop de brûlures entre ces deux-là, trop de tourment, pour espérer une autre association de la taille de « Songs for Drella ». Dommage.
On s'en tient au double rappel d'un public têtu et fidèle, au salut d'un John Cale trop conscient et désolé, nous promettant une prochaine fois. On n'ose réclamer une reprise du Velvet, et on se retrouve dehors dans le froid.
On marche. Je vois Hector passé sur son vélo... C'est vrai, demain, John Cale joue à Strasbourg.
Je dois travailler un peu sur mon prochain roman et écrire un papier sur le concert de John Cale au Bataclan.
Merci à Romana.

Sélection discographique subjective :
Paris 1919 (WEA), Fear (Island), Slow dazzle (Island), Helen of Troy (Island), Hedda Gabler (45 trs, Island), Music for the new society (Island), Words for the dying (Opal), Songs for Drella (Wea), Walking on Locusts (Rykodisc).